| ... et voici le
texte de ce trés long article d'une pleine
page, une seule photo y
figure, celle qui précède: le Père
entouré de deux de ses complices. Nous avons
cru bon d'en ajouter quelques autres
particulièrement significatives, pour en
rendre la lecture plus facile. |
"M.Pierre
Péteul, un des héros les plus authentique de la
Résistance française, est actuellement de passage
à Paris, venant d'Italie, et nous avons eu la bonne
fortune de le rencontrer. M.Pierre Péteul n'est pas
un homme ordinaire. C'est un moine, un vrai moine de
l'Ordre de Saint François, autrement dit un capucin.
Il porte une belle barbe noire, comme le veut la
Règle de son Ordre, et des lunettes de savant
protègent un regard d'une noire acuité. En
religion, il se nomme le Père Marie-Benoît et il
est bien connu des Juifs de Marseille et de Paris,
ainsi que de tous ceux qui, aprés la capitulation de
Pétain, furent en butte, dans le sud de la France
aux tracasseries de Vichy, avant que d'être exposés
aux persécutions de la Gestapo.
------------------------
"De
1940 à 1941, le Père Marie Benoît eut dans le
Résistance une grande activité individuelle, mais
de 1941 à1943, cette activité entra dans les rangs
de ce qu'on appelait alors une "filière
d'évasion". Cette double activité commencée
à Marseille, se poursuivit à Rome, lorsque le
religieux y fut rappelé par ses supérieurs et elle
se poursuivit dans des conditions tellement
extraordinaires et aventurières qu'elle mérite
d'être connue. C'est en toute modestie que le
religieux nous a fait les confidences qui nous
permettent de narrer cette ahurissante histoire d'un
capucin, devenu faussaire pour l'amour de Dieu, par
patriotisme et aussi par amour de ses semblables,
selon la loi chrétienne.
Le
Capucin interprète
Cela commence à
Rome en 1939. Il y avait à ce moment au Collège
International des Capucins de la Via Sicilia, un
jeune professeur de théologie natif d'Angers en
France. C'était le Père Marie-Benoît, estimé de
tous pour son savoir et sa gentillesse. La guerre
éclate. Le moine trouve tout naturel de se
présenter à l'Ambassade de France et de répondre
à l'appel de sa patrie. On l'affecte à l'armée du
Général Billotte, qui dans les plans du grand État
Major, doit entrer en Italie, si celle-ci se range
aux côtés de l'Allemagne. "J'aurai besoin de
vous a dit le Général au capucin devenu soldat, non
seulement comme interprète, puisque vous parlez
parfaitement l'italien, mais aussi comme religieux,
pour agir sur le clergé transalpin.
Mais les choses tournèrent autrement. L'armée
française du Sud-Est n'entra pas en Italie et au
bout d'un mois le Général Billotte prenait le
commandement du 1er groupe de l'armée du Nord. Du
coup les interprètes d'italien devenaient inutiles.
Le Père Marie-Benoît, fut renvoyé à son
monastère. Il retourna à Rome, où il se remit à
enseigner la théologie aux futurs capucins.
Rue
Croix de Régnier
Cela dura jusqu'au
jour où la gallophobie des fascistes rendit l'air de
Rome irrespirable à tous les français. Le Père
Marie-Benoît, avide de rendre service à ses
compatriotes, reprit le train pour la France, et se
rendit régulièrement au Couvent des Capucins de
Marseilles, situé, comme on sait. au fond de la rue
calme rue Croix-de- Reigner, dans un poétique
jardin.
C'est
dans ce Couvent que le peintre Adolphe
Monticelli, au cours d'une crise de
mysticisme vers 1872, était entré faire une
retraite avec l'intention de prendre la bure.
Avec l'intention seulement, parce que le
Watteau provençal n'avait pas du tout la
vocation.
À ce moment la situation des Israélites de
Marseille était déjà fort précaire. Ce
n'était que perquisitions, poursuites,
arrestations, chasse à l'homme, tout cela
conduit par le commandant Mulder, chef de la
Gestapo de la rue Paradis, son lieutenant
Bauer et l'immonde Dunker Delage. En bon
français, épris de liberté et en bon
chrétien aussi, le Père Marie-Benoît prit
l'initiative d'une action pour l'assistance
aux Juifs persécutés. Avec l'aide de
plusieurs français d'esprit résistant,
entre autres Antoine |
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Zatarra, mort
héroïquement à Buchenwald, le R.P. Parceval,
prieur des Dominicains de la rue Edmond Rostand, M
André Bass et M. Pierre Chaix Bryan, il réussit à
faire évader de trés nombreuses victimes de la
police allemande et à les diriger sur la France
Libre, en Afrique du Nord, soit par mer, soit à
travers l'Espagne.

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C'est
là que notre capucin fit son apprentissage
de faussaire, car pour la plupart de ceux qui
luttèrent contre les persécutions nazies,
le faux état-civil était la seule arme
possible. Chaque jour, à chaque heure la
sonnette du couvent marseillais tintait et un
inconnu , homme ou femme se présentait le
visage inquiet, l'âme tremblante.
- Le Père Marie-Benoît ?
- Que lui voulez-vous ?-Je
suis traqué par la police. On m'a dit qu'il
pourrait m'aider..!
- Le capucin se présentait. De son regard
aigu, il scrutait le visiteur. Il le
rassurait.
|
L'homme était
sans papier, toujours et trés souvent sans argent.
Quand on avait touché à ce havre de grâce, on
était sauvé.Pour tout on allait trouver le Père
Marie-Benoît, même pour les choses les plus
imprévues. Un jour, par exemple, une femme se
prèsente. Que désirait-elle ? C'est une Israélite
qui veut tout de même célébrer la Pâques juive.
Mais elle manque de pain azime. Il faut des tickets
pour s'en procurer. Le Père lui en donne.
- Mais ma chère dame, qui vous a envoyé à moi ?
- Mon Père c'est le Grand Rabbin.
| Une
nuit vers 11 heures, c'est un homme qui, tout
essoufflé, veut voir d'urgence le Pêre
Marie-Benoît. "Je suis un officier
belge, j'étais interné au Brébant. Je
voudrais rejoindre les forces libres de mon
pays". Hébergé pour la nuit. Puis
nanti de faux papiers, le Belge put quitter
Marseille par la filière d'évasion. Le
Père Marie-Benoît avait eu la curiosité de
savoir comment cet interné avait réussi à
s'évader du Brébant. L'officier avait
confié à son géolier l'envie qu'il avait
d'une sortie galante. Le gardien lui avait
répondu, "Soit, allons-y
ensemble". |
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 |
Ainsi avaient-ils
fait; Et c'est pendant que le Gardien était occupé
avec sa compagne d'un moment, qu'il avait filé. Le
Père Marie-Benoît qui en a vu et entendu bien
d'autres s'amuse encore à l'évocation de ce
souvenoir.
Un
évènement l'a profondément peiné : l'arrestation
et la mort en captivité d'Antoine Zattara. Ce fut,
nous a t'il dit un homme admirable, dont on ne dira
jamais assez le courage et l'abnégation et aussi
l'inaltérable bonne humeur. Il a laissé une veuve
et six enfants, que je serai bien heureux de revoir
prochainement à Marseille".
Visite
au Pape
Une telle action
n'était pas sans péril, repéré par la Gestapo,
dénoncé par maints mouchards, le Père
Marie-Benoît eût certainement été envoyé rue
Paradis 425, si le supérieur de son Ordre ne l'eut
rappelé à Rome pour y reprendre sa chaire de
théologie. On était en 1943.
Le vaillant capucin allait-il abandonner son action
résistante ? Il entendait bien que ce déplacement
fut utile à la grande cause. Ayant pris contact avec
les différents groupements clandestins d'Israélites
et de la Résistance française du Midi, il partit
comme ambassadeur de la cause Juive, avec pour
première mission de voir le Pape et de lui demander
son appui.
La protection des Juifs est dans la tradition du
Saint-Siège. Le Pape reçut le moine français avec
beaucoup de bienvéillance. Ses premiers mots furent
" Nous n'aurions jamais cru cela de la part du
Gouvernement de Vichy.!" Le Père Marie- Benoît
lui exposa la situation spéciale des Juifs Espagnols
et aussi l'urgente nécessité d'évacuer vers
l'Italie, et ensuite vers l'Afrique du Nord, les
Juifs de la zone française occupée par l'armée
italienne, pour les mettre à l'abri.
Les
évènements politiques se précipitant, ce projet ne
put se réaliser, mais des milliers de Juifs
talonnés par les chasseurs de la Gestapo purent tout
de même se rendre à Rome. Cela se passait aprés la
chute du fascisme. Ils furent reçus par le Père
Marie Benoît, devenu le "Padre Benedetto".
Celui-ci, sans perdre de temps avait constitué un
Comité intitulé " Delegazione assistenza a
emigranti" dont il devint assez vite le
Président, et qui comprenait, M. Aaron Karsterstein,
M. Stephan Schamm, M. Settimo Sorani et M. Joseph
Lévi. Ces cinq hommes firent des prodiges car ils
disposaient de moyens presque nuls.
Tous
les fugitifs échappés de France étant arrivé les
poches vides de papiers et d'argent, il fallait les
héberger et leur donner une situation légale. On
les logea provisoirement à l'orphelinat israélite
situé de l'autre côté du Tibre . Aprés quoi, on
se préoccupa de les placer dans les divers hôtels
et pensions de la ville.
Mais les hôteliers romains craignaient comme la
peste ces voyageurs sans bagages et surtout sans
identité sur papier. Malgré les adoucissements
apportés par le régime de Badoglio, on ne badinait
pas avec les règlements. Il fallait donc trouver
pour les protégés du Père Marie Benoît, allias
Padre Benedetto, un moyen définitif et efficace de
sauvegarde.
Les
Faussaires du Couvent
Ce moyen c'était les faux papiers. Il n'y en avait
point d'autres. Le supérieur du Collège de la Via
Sicilia, un Belge, le Père Donat, était
heureusement courageux et tout dévoué à l'essor de
la Résistance. Il accorda carte blanche au Père
Marie Benoît. Celui-ci commence par exhumer de la
poussière monastique, où elle dormait depuis des
lustres, une vieille machine à composer, avec
laquelle, sur un modèle authentique, on imprima,
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au
moyen de cartons et de papier, des cartes
d'identité françaises. Mais
la grande difficulté fut le timbre fiscal.
Impossible de s'en procurer. On eut alors
l'idée de le remplacer par de simples
timbres-poste. Si quelque autorité s'en
étonnait, on lui répondait qu'en France, à
cause de la pénurie, on avait remplacé le
timbre fiscal par un timbre postal !
On
verrait bien ! Et l'on batit le rappel,
|
par tous les amis
du Collège, des timbres postes anciens et récents,
venus de France. Ces timbres, soigneusement
décollés, puis recollfurent abondamment tamponnés,
afin de cacher les traces de leur oblitération.
Quant
aux tampons portant le chiffre de Paris, de Lyon, de
Saint Gervais-les- Bains, ils avaient étés
fabriqués avec beaucoup d'habileté par des graveurs
italiens, amis du Comité.
L'aide
des Suisses
Au moyen de ces
cartes qui leur donnaient un nom, les Juifs de
France, ou devenus français , par la grâce du Père
Marie Benoît, n'avaient plus qu'à se présenter à
la légation de Suisse. C'était elle qui, depuis
l'état de guerre entre la France et l'Italie, avait
été chargée des intérêts français.
Les fonctionnaires helvétiques ne furent point dupes
des cartes trés approximatives qu'on leur présenta.
Seulement ils étaient acquis tacitement à la grande
cause de la liberté et ils feignirent d'y croire. La
légation délivrait un document de protection, sorte
de permis de séjour valable pour la seule ville de
Rome, moyennant quoi les titulaires pouvaient obtenir
des autorités italiennes un permis régulier et des
cartes d'alimentation. Ils étaient sauvés. !
La
question d'argent
Mais une question
restait épineuse : la question d'argent pour les
réfugiés.
Afin de la résoudre, le Comité se mit en relation
avec des ambassadeurs d'Angleterre et des États-Unis
auprés du Saint Siège. Les rencontres du Père
Marie-Benoît avec ces deux diplomates avaient lieu
chez Mgr Hérissé, un français de 82 ans, chanoine,
demeurant dans le même immeuble que les
ambassadeurs, Cité du Vatican, et qui rendit à nos
compatriotes des services éminents.
Les deux diplomates firent le nécessaire, dans leurs
pays respectifs et un Comité américain qu'on avait
créé à cet effet déposa un certain nombre de
dollars dans une banque de Londres.
Le malheur fut que ces dollars ne pouvaient entrer en
Italie. Il fallait trouver sur place des personnes
les achetant et, sur la seule garantie verbale qu'ils
existaient réellement à Londres. Là encore on
trouva des citoyens dévoués à la cause des
malheureux. De la sorte, le Comité put distribuer
une somme de 25 millions de francs à 4.000
réfugiés, dont 1.500 Juifs étrangers et 2.500
Juifs italiens.
Aide
aux soldats alliés
Mais le
"Padre Benedetto" et ses amis ne s'en
tenaient pas au seul sauvetage des Juifs. Ils
recueillaient et aidaient les officiers et soldats
alliés qui parvenaient à s'évader des camps de
prisonniers. Anglais, Russes, Polonais, Français
s'en venaient sonner au Collège de la Via Sicilia.
On les hébergeait, on leur procurait des habits
civils. C'était là le plus difficile. Il fallait
avoir recours aux fripiers de préférence Juifs. Des
affiliés se rendaient dans les petites boutiques ,
enfilaient l'un sur l'autre deux ou trois pentalons,
autant de vestons et les apportaient au Couvent, et
nantis de faux papiers et d'argent, les prisonniers
étaient dirigés de ville en ville, vers la
liberté.
Deux
drôles de Fritz Un jour que le
Père Marie-Benoît se trouvait sur la Place Saint
Pierre, en compagnie de M.Kasterstein, il remarqua
deux soldats allemands qui ressemblaient à de
singuliers touristes.
-
"Approchons-nous d'eux, dit le moine,
nous verrons bien, car ils ont pour des
boches une drôle d'allure"... On
s'approche. Les Fritz ne parlent pas
allemands mais Polonais. M.Kasterstein, qui
parle couramment cette langue (puisque il est
d'origine polonaise) entre en conversation
avec les deux soldats.
Ce sont bien des Polonais, engagés de force
dans l'organisation Todt.
- Nous voudrions bien filer.
- Vous le pouvez.
- Comment çà ? |
|
 |
- Tenez ce papier
et allez à l'adresse qui y est portée. Des amis
feront ce qu'il faut por que vous puissiez vous
évader sans risque.
Deux jours plus tard les deux "Todt"
quittaient Rome sous une identité différente et
dans un costume civil qui les faisait ressembler à
n'importe qui.
"Le
Padre Benedetto arrange tout "
La police italienne ignorait cette activité. Le
Père Marie Benoît qui la considère comme une trés
bonne police (il estime le SR italien le premier
d'Europe) est persuadé du contraire. Il était connu
des policiers romains qui le regardaient avec une
sympathie un peu railleuse. Et cette impression
s'accentue encore lorsque le régime mussolinien
ayant été aboli, la francophobie officielle se
relâcha un peu.
Un
jour les policiers arrètent un étranger suspect. Il
a bien ses papiers : un passeport espagnol. Mais
celui-ci est manifestement truqué. Conduit devant le
commissaire, l'homme proteste : il est bien Espagnol.
On va voir. Le commissaire téléphone à l'ambassade
d'Espagne, qui répond que l'homme dont il s'agit est
absolument inconnu. Il n'y a plus qu'à retirer au
faux Espagnol son faux passeport. Alors le malheureux
s'affole, avoue tout. C'est un Juif polonais. Si on
l'arrête on l'enverra en Allemagne et on le
brûlera. Un des policiers italiens qui l'ont
arrêté est pris de pitié.
- Va, lui dit-il, ne te désole pas et va trouver le
Padre Benedetto; lui arrange tout ! Dans un certain
sens c'était vrai : le Père Marie Benoît
arrangeait tout. Il "arrangeait " surtout
les persécuteurs.
Le
Père Marie Benoît échappe à la Gestapo,
mais une pareille activité faisait courir à
ceux qui s'y livraient de perpétuels
périls. Et les membres du Comité d'aide aux
émigrés sentaient se resserer autour d'eux
le filet de la police allemande, qui opère
encore par le truchement des agents Italiens.
Au cours d'un voyage à Milan , le courageux
capucin manque d'être cueilli. C'est une
histoire rocambollesque.
On se trouvait chez une affiliée italienne
qui avait donné son vrai nom à des amis.
Ceux-ci ont la malencontreuse idée de lui
téléphoner chez elle à la minute précise
où la police y perquisitionnait ! |
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 |
Les agents
allaient se retirer bredouilles quand le nom dit au
téléphone leur assura qu'ils ne s'étaient pas
trompés, que c'était bien la personne qu'ils
recherchaient. Par elle, la police parvint jusqu'aux
autres membres du Comité.
On eut le temps de prévenir le Père Benedetto à
son hotel. Le moine fourra quelques affaires dans sa
valise et fila. Dix minutes aprés, les policiers se
présentaient pour l'arrêter.
- La Padre est parti en voyage dit le portier.
On le chercha partout et on ne le trouva pas. Comment
l'aurait-on trouvé ? Il était allé, sous une pluie
battante, demander asile au couvent de capucins le
plus proche. Et la police italienne n'allait pas
fouiller les couvents, sauf quand elle était sûre
d'y trouver ceux qu'elle recherchait. Le lendemain
matin, les premiers trains en parrtance étaient
fouillés. Point de capucin ! Et c'est ainsi que le
Père Marie Benoît pu échapper à ses poursuivants.
Protection divine ? Chance ? Habileté personnelle ?
Il y a certainement de tout cela dans l'heureux
destin de ce moine résistant. Il est évident que
son habit l'a beaucoup aidé. Sa belle barbe aussi.
-
La barbe du Père Marie Benoît, nous disait M.
Kastersein lui donna un prestige extraordinaire. Là
où nous nous échouions, le Père Barbiche, comme
nous l'avions surnommé, réussissait toujours.
Les
autres sont arrêtés
Mais si le moine
échappa aux rets des polices ennemies, ses amis et
associés eurent moins de chance. M. Aaron Kastersein
fut arrêté. Interné d'abord à Fossoli, puis
envoyé à Buchenwald, il fut affecté à un kommando
qui travaillait aux fours crématoires où se
brulaient, chaque semaine des milliers de Juifs
polonais.
Un jour qu'il regardait d'un il morne et
désolé, appuyé sur sa pelle, passer un sinistre
cortège, il eut la douleur d'y reconnaitre son vieux
père suivi de toute sa famille. Il peut dire qu'il a
vu brûler les siens sous ses yeux.Il a eu
l'exctraordinaire chance de s'en tirer et il est
aujourd'hui à Paris (étant naturalisé français)
où il cherche à refaire sa vie.
Quant
à l'autre membre du Comité M. Shamm, avocat
viennois, il fut, lui aussi, arrêté en Italie et,
déporté en Allemagne. Il a été délivré par les
Russes.
***
Le
Père Marie-Benoît passe queques temps en France,
avant de retourner au Collège de Rome poursuivre sa
docte carrière. Dirons nous que cet admirable
résistant est proposé pour la Croix d'Honneur et la
rosette de la résistance.
Ce n'est pas par lui que nous l'avons su. Mais ces
deux rubans feraient bien sur la robe de bure de ce
"faussaire" pour l'amour de Dieu et de ce
réfractaire par amour de la France et de la
Liberté. . . . . . . . . . . . . . A.N.
