![]() |
- 1 - Le Père Marie-Benoît à Marseille |
L'article du " SOIR " du 11 Septembre 1946 que nous venons de lire en introduction est à la fois un bon résumé des évènements et le témoignage de ceux qui ont vécu, avec le Père Marie-Benoît, cette incroyable aventure.!
Un autre article du journal "Fratertnité", daté du 26 février 1946, découvert récemment, nous informe aussi de la manière dont ces "réfugiés" ont èté accueillis par une poignée de résistants, et de "frères", le Père Marie-Benoît, était l'un d'entre eux. Aprés lecture, nous comprendrons mieux le contexte dans lequel il s'est trouvé situé et a agi.
![]() |
_ |
Il fit ses premières armes de défenseur de ces |
|
Nous n'en saurions pas davantage si l' "Affaire des Couvents" n'avait obligé, le Père Marie-Benoît, à sortir de sa discrétion habituelle. En effet il n'était pas homme à faire valoir son courage, l'action qui fut la sienne, et son activité au sein des organismes de Résistance, et des organismes Judéo-Chrétiens... mais la prétendue "épuration !" qui a fait suite à la Libération, obligea l'Église à parler et à sortir de sa discrétion, pour ... en sauver "..d'autres"..! C'est alors, seulement, que le Père accepta de raconter par écrit ce que fut réellement son action, comme il l'expliquera dans sa mise au point de 1975, lors de la publication du 9 me volume de: "Le St Siège et les victimes de la guerre" (Janvier-Décembre 1943):
- "Je n'ai pas l'intention de rappeler cette action, puisque cela a déjà été fait en 1948. Il faut se rappeler les faits. Après la seconde guerre mondiale, on accusait les religieux d'avoir été pour le Gouvernement de Vichy et la collaboration avec l'Allemagne. Pour répondre à cette accusation, on demanda à ceux qui avaient fait quelque chose dans la résistance, de l'écrire. J'écrivis. J'étais à Rome. De Paris on me pressait, car les autres récits étaient déjà prêts. Mon texte est donc hatif et incomplet. Mais quand même une trentaine de pages, toutes de moi, sont rédigées objectivement, auxquelles on peut se référer". Ce récit se trouve dans le Livre d'or des congrégations françaises, 1939 - 1945 - D.R.A.C. Paris pp.305-351. -1948 -"
C'est à ce texte que nous nous référons durant les trois premiers chapitres.
|
1 - MARSEILLE

Si le Père Marie Benoît est mobilisé en septembre 1939, et quitte Rome où il enseigne la théologie et l'Écriture Sainte, ce ne sera que pour quelques mois. Dés la déclaration de guerre, il se rend à l'Ambassade de France et il sera mobilisé comme interprète à l'État-major du Général Billotte, à la 15e D.I. à Marseille. Démobilisé, en raison de son âge, il repart à Rome le 21 décembre, jusqu'à l'entrée en guerre de l'Italie,et regagne Marseille le 19 juin 1940.

Ces quelques mois de 1939 lui ont permis de connaître la crise politique qui a divisé ses compatriotes, suite à un gouvernement de front populaire qui n'a pas réussi à résoudre les inégalités sociales et s'est heurté à une certaine forme de patriotisme qui commençait à triompher chez nos voisins... si celui-ci était loin de rassembler tous les français, il les divisait singulièrement. Mais en quelques mois la "drôle de guerre" avait fait place à une Zone "dite libre" de la France occupée, qui a vu, en quelques semaines, le nombre de ses réfugiés augmenter d'une façon considérable.
Déjà, deux ans plus tôt, la victoire de Franco avait provoqué l'arrivée de nombreux républicains espagnols, et des militants des Brigades Internationales. Ces derniers étaient de tous pays, et en particulier de l'Europe de l'Est, dont un nombre important de Juifs fuyant le nazisme. À toute hâte le gouvernement avait dû créer des Camps d'internements, dans lesquels ils se trouvaient sous bonne garde..! C'est également dans ces camps que vont être envoyés les Juifs venant de Belgique et autres pays de l'Est, aprés le 10 Mai et l'invasion de la Belgique, ce que raconte Marianne Spier-Donati dans le livre d'Olga Tarcali, "Retour à Erfurt " l'Harmattan, 2001 ) aux page 47 et suivantes :
|
Ce texte de "Retour à Erfurt" rend également compte de la situation de ces "réfugiés" venus de l'Est, et de la manière dont une France aux abois se prépare à les acceuillir.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
Des camps d'internement, comme le Camp des Mille, il y en avait dans tout le Sud: de l'Ouest à l'Est : Gurs (64), Saint Cyprien (24), Argelès (65), Le Récébédou et Noé (31), Le Vernet (11), Rivesaltes (66), Cap d'Ail (06)... un nombre de réfugiés estimé à 26.441 juifs, 25.755 espagnols, 6.800 volontaires des brigades internationales.
Comme nous venons de le lire, c'est au Camp de Milles que l'Archevèque de Marseille va lui demander d'en assurer l'aumônerie.
|
|
Ce que le Père Marie Benoît ne nous dit pas, mais que nous savons par l'introduction à son article dans le "Livre d'Or", c'est que l'un de ses premières activités, en arrivant à Marseille fut d'aider les aviateurs Anglo-Américains et alliés, à quitter la France (Livre d'Or page 300, et autres hommages de l'Amérique).
- 18 Novembre 1942,
... Mais donnons lui la parole :
![]() |
. . . _ _ | " 1°MARSEILLE , Juin 1940- juin 1943 - "Étant de nationalité française et mobilisable, en raison de l'imminence de la guerre entre l'Italie et la France, je quittai Rome où je réside habituellement, le 19 juin 1940, et en attendant les évènements, je me rendis à Marseille au couvent des Capucins, 51 rue Croix de Régnier, où je restais trois ans. Une activité tout à fait imprévue m'y était réservée. "J'avais déjà pris contact avec divers Israéites ayant fui la zone occupée par les allemands, lorsque le gouvernement de Vichy publia le statut des Juifs. Dés ce moment-là, il s'agit de protéger les Juifs étrangers réfugiés en France, qui cessait d'être lieu sûr et terre de liberté. |
"Que pouvait-on faire pour les aider ? Leur procurer des cartes d'identité avec un nom différent, des recommandations pour obtenir des sauf-conduits, les cacher provisoirement, lorsqu'ils commencèrent à être recherchés, et pour cela disposer de chambres et de personnes de bonne composition, en attendant de pouvoir les faire partir vers l'Espagne ou pour la Suisse. Avec le temps, il fallut évidemment pourvoir à bien d'autres misères, trouver argent, vivres, vêtements... etc
|
"J'entrai en relations avec des organisations de passeurs et des filières d'évasion pour l'Espagne et la Suisse, j'en eus même quelques unes à ma disposition."
«Je recevais ainsi mes protégés au couvent, ce qui nétait pas sans inconvénients, ni sans attirer lattention, car les parloirs étaient presque toujours pleins. Jentrais aussi en collaboration avec les Dames de Sion, de la rue Paradis, 232, qui eurent, de leur côté, une grande activité du même genre, et je pus recevoir chez elles nombre de nos protégés »
"J'étais aussi en liaison avec divers comités Juifs de Marseille, diverses organisations de la résistance et des personnes courageuses qui, un peu partout, nous aidaient. Une collaboration trés vive s'établit entre nous, catholiques, et les pasteurs protestants (Note 1), orthodoxes ou d'autres cultes. "Je fus averti plusieurs fois que la police nous surveillait. Nous avions aussi parmi elles des amis qui nous informaient des dangers qui nous menaçaient ou des mesures qui allaient être prises. Un jour, on me fit prévenir qu'un de mes protégés avait été arrêté à la frontière espagnole, muni de faux papiers, et qu'il avait été contraint d'avouer qu'il les avaient reçus de moi. |
![]() |
" On venait me trouver à toutes les heures. Un matin, à 5 h. 30, une jeune fille se présente à la porte du couvent et me supplie de l'aider à libérer son père qui venait d'être arrêté. Je lui indique une marche à suivre et elle s'en va. À 10 heures du
soir, elle est de retour, parce qu'elle n'avait réussi à rien. Une autre fois, un belge arrive au couvent à 10 heures du soir en disant : "Je viens de m'échapper du "Brébant Marseillais", sis à quatre pas du couvent, aidez moi à trouver un refuge" Visiteur du camp des Milles" "L'
Évèque de Marseille, en accord avec la Préfecture, me
nomme visiteur du « Camp dinternement des Milles
», près dAix-en-Provence et de l'Hotel Bompard à
Marseille, qui étaient deux camps d'internement. J' y
allai souvent rendre les services qui étaient en mon
pouvoir". Novembre 1942, |
![]() |
"Le débarquement des troupes Américaines en Afrique du Nord et en Tunisie, provoque l'envahissement de la zone occupée par les troupes allemandes...
![]() |
( Dessin de Chancel - À Toulon la flotte se saborde ) |
" Lorsque les allemands eurent occupé Marseille et le sud de la France, il ne fut pour ainsi dire plus possible de passer en Espagne ou en Suisse.
" Mais alors il se produisit ceci, dans la zone du Sud-est de la France, occupée par l'armée italienne, les autorités d'occupation avaient envers les Juifs une attitude trés differente que celle de la police allemande et de la police de Vichy. Elle les protégeaient et les traitaient humainement . Des centres d'accueil furent créés, dirigés par les Juifs eux-mêmes, principalement à Nice et Grenoble.
. . . . . . . Évacuation du quartier du Vieux Port
|
![]() |
- " De Marseille et d'un peu partout on organisait des départs pour la zone italienne, où nos protégés étaient pris en charge. Des milliers passèrent ainsi.
" Je commençai alors à me rendre à Cannes et à Nice pour y travailler d'accord avec les comités de ces villes. Chaque dimanche soir, accompagné de mon secrétaire, Mr André Joseph Bass, Juif français intelligent et courageux, qui reste mon ami trés cher, je prenais le train de Marseille pour Cannes et Nice, où nous restions jusqu'au mercredi ou jeudi. On traitait affaires avec le bureau de la Synagogue de Nice ou avec l'UGIF (Union Générale des Israélites Fançais). On rencontrait les personnes qui pouvaient nous aider, puis on rentrait continuer le travail à Marseille.
![]() |
![]() |
| Le couvent des capucins de Nice, 11 Montée Claire Virenque où il trouve refuge toutes les fins de semaine avec son ami Joseph André Bass. | Les capucins se trouvaient également au Monastère de l'Annonciade, qui domine Menton, tout laisse penser qu'il y vint et y trouva refuge. |
" Cette protection accordée aux Juifs par les italiens, fut remarquée par Vichy et par les Allemands. On a su aprés la guerre que Von Ribbentrop, au cours d'un voyage à Rome, se plaignit à Mussolini de cette différence de politique envers les Juifs. Le Duce promit d'y mettre ordre et envoya à Nice, aux premiers mois de 1943 un commissaire aux affaires juives, représentant le gouvernement italien, en la personne de Mr. Lo Spinoso avec le grade de Général. .
Il y avait par ailleurs à Nice un Juif italien, Mr. Angelo Donati, directeur de la banque de Crédit Franco-Italien, personne de marque, entièrement dévoué à la cause de ses corèligionnaires, un autre qui reste de mes amis trés chers, qui, en tant qu'Italien servait de trait d'union entre les comités juifs et les autorités italiennes. Il traitait directement avec Lo Spinoso. Mais il me demanda d'aller le voir, de lui soumettre quelques affaires plus importantes et surtout de le disposer favorablement envers les Juifs.
" Je lui rendis visite. Il m'accueillit volontiers et comme je lui parlais italien, la conversation prit vite un ton cordial et familier. Il me demanda si mes supérieurs étaient au courant de ma démarche. Je lui répondis qu'ils m'approuvaient pleinement. Mr. Lo Spinoso était un homme droit, pas spécialement féru des questions juives. C'est ainsi qu'il voulut savoir par exemple si le Dieu des Juifs est le même que celui des chrétiens, et pourquoi, moi, je m'occupais d'eux. Je n'eus pas de peine à l'éclairer et à me justifier et il me déclara qu'il ne demandait qu'à se montrer bienveillant envers les Juifs".
" Entre temps, mes Supérieurs de Rome m'avaient rappelé à mon poste en cette ville. Les démarches étaient longues, mais le Consulat italien m'annonça enfin que mes papiers étaient prêts. Averti de mon prochain départ, Donati me fit part d'un projet qu'il mûrissait depuis quelques temps et me demanda de l'aider. Avec la marche des évènements militaires, on craignait que l'armée italienne ne fut obligée d'évacuer la zone française d'occupation, laquelle serait alors envahie par l'armée allemande.
" Cette zone refuge des Juifs - on parlait de 30 à 50 000 - deviendrait alors tout d'un coup trés dangereuse pour eux, ils seraient la proie facile et toute préparée pour la Gestapo. Le projet Donati était de faire passer ces réfugiés de France en Italie, et sachant que sous peu j'irais à Rome, il me demandait d'aller au Vatican pour obtenir qu'on fit pression sur Mussolini à ce sujet. J'acceptai cette mission. Admis le principe de ma visite au Souverain Pontife, on pensa alors à soumettre au Saint Siège, par la même occasion, d'autres questions intéressants les Juifs de France.
|
À cette fin, accompagné de mon inséparable collaborateur, je partis trouver les autorités Juives du Consistoire réunies à Lyon. "J'eus une longue conversation, d'abord avec le secrétaire , Mr. Meiss puis avec le Président, Mr. Heilbroner, avec le Grand Rabbin de France, Mr. Schwarz, et le Rabbin Kaplan. Tous me parlèrent avec respect et admiration du Souverain Pontife et de l'Église catholique, et on fixa ensemble les points que je devais traiter |
|
lors de ma visite au Vatican. J'eus encore l'occasion de voir le Rabbin de Lille, celui de Strasbourg, Mr. Hirschler ; celui de Marseille, Mr. Salzer, le Président de l'UGIF. (Union Générale des Israélites de France) Mr Raoul Lambert; le Président des "Eclaireurs des Israélites", Mr. Edmond Fleg et beaucoup d'autres personnes du monde juif, de sorte que je pouvais avec plus de vérité me présenter au nom du Judaïsme français et aussi au nom des Juifs des différentes nationalités réfugiées en France.
|
![]() |
. . . . |
|
Il y a tout d'abord ce petit "Carnet noir" sur lequel le Père Marie-Benoît note succintement les pricipaux évenements de sa vie. S'il avait eu l'idée de le consulter, il nous aurait dit qu'au lieu d'arriver à Marseille en Juin 1940, c'est le 19 Mai à 20h.45 qu'il quitte la gare de Rome, pour arriver à Marseille
![]() |
_ | le 20 Mai à 18
heures.... le 26 mai, il remplace déjà son confrère le P.Pierre Baptiste pour célébrer la messe des scouts... et le 31, il dit la messe et confesse à N.D. de La Garde, le soir cérémonie à la Cathédrale pour la Consécration du nouvel Archevèque Mgr.De Belzunce, Mgr Delay parle, belle assistance d'hommes. . . Le 1er Juin, messe et confessions à N.D. de La Garde. |
Le 2 juin le Port de Marseille est bombardée par l'aviation allemande...le 15/08 messe et confessions à N.D. de La Garde... etc..
et le 5 Août 1942, il va au 58 Cours Gambetta où il rencontre M.Jules Isaac et sa femme... Camp des Milles : Pasteurs, prètres...suite...illisible+£ùunie ???... Cette rencontre avec Jules Isaac est importante, ils se retrouveront souvent, à Marseille sans doute, mais aussi bien plus tard, à Seelisberg et à Paris http://judaisme.sdv.fr/perso/jisaac/jisaac.htm.
Et c'est ce même 5 août 1942 qu'il est invité à rejoindre Rome pour y exercer la tàche de directeur spirituel au Collège International St.Laurent de Brindes... mais il lui faudra presque un an pour obtenir les papiers qui lui permettront de passer la frontière. " Un peu plus loin, il note un certain nombre de visites reçues le 5 janvier 43. . .on remarque les noms de Mr. Titmann et Mgr Hérissé...
Mais les Archives des Capucins de Paris nous fournissent également d'autres documents durant son séjour à Marseille:
|
*********
|
*****
|
Une lecture attentive du dit fichier aurait pû permettre certainement d'en découvrir d'autres. Mais, pour des raisons politiciennes, ordre fut donné de le détruire... et par là même nous prive de bien d'autres récits..
Par ailleurs un certain nombre d'ouvrages ont été publiés en Italie et aux Étâts-Unis, en effet, dés la libération de Rome, la plupart de ceux avec lesquels le Père avait travaillé y partirent, et leurs témoignages sera à l'origine d'un certain nombre d'ouvrages qui restent à traduire. Nous n'en possedons pour l'instant que quelques extraits, en particulier le livre de Fernande Leboucher, qu'elle publiera en 1969: "Incredible Mission" ( New-York 1969). ( Cliquez Bibliographie)
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~ |
Note 1- "Une collaboration s'établit trés vite entre nous, catholiques, et les Pasteurs protestants, orthodoxes ou autres cultes", écrit-il, de véritables amitiés se son nouées : Cette lettre du Pasteur J.S Lemaire, datée de Marseille du 26 Août 1981, témoigne de cette collaboration et amitié:
|
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
... vous
venez de lire le premier chapitre Marseille,
...
la suite au
Chapitre 2 Rome,
il rencontre Pie XII le 10 Juillet 1943. Chapitre 3 - Rome
: Les années térrible... Chapitre 4 - Ma mission de bataille est terminée Chapitre
6 -Le monde continue de lui rendre hommage, Et pour ceux qui ne l'auraient pas déjà lu, l'article du journal "Le SOIR" du 11 septembre 1946, nous servait d' introduction , un texte qui est à la fois un bon résumé et un témoignage de ceux qui avaient travaillé avec lui.
|
¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤