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Le Père Marie-Benoît

à Marseille
1940 - 1943

L'article du " SOIR " du 11 Septembre 1946 que nous venons de lire en introduction est à la fois un bon résumé des évènements et le témoignage de ceux qui ont vécu, avec le Père Marie-Benoît, cette incroyable aventure.!

Un autre article du journal "Fratertnité", daté du 26 février 1946, découvert récemment, nous informe aussi de la manière dont ces "réfugiés" ont èté accueillis par une poignée de résistants, et de "frères", le Père Marie-Benoît, était l'un d'entre eux. Aprés lecture, nous comprendrons mieux le contexte dans lequel il s'est trouvé situé et a agi.

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Pierre Péteul, en religion Père Martie-Benoît professait, avant la guerre la philosophie aux élèves théologiens de l'ordre des Capucins à Rome. Rentré en France dés l'ouverture des hostilités, il a fait la guerre de 39-40 comme aspirant et, aprés sa démobilisation, est venu à Marseille en attendant de regagner l'Italie. Demeurant au Couvent des Capucins de Marseille, le Père Marie-Benoît s'est intéressé, aussitôt aprés l'armistice, à des fugiitifs étrangers, aux internés politiques des différents camps de la région et aux Juifs traqués par la police de Vichy et les Allemands.

Il fit ses premières armes de défenseur de ces


hommes et femmes, mis hors la loi par l'ennemi et ses complices, en organisant des évasions au Camp de Milles, prés Marseille où il était devenu l'aumonier, tout en s'occupant indistinctement de ses frères et sœurs de toute confession.

Le Camp de Milles et les autres camps d'internement étaient peuplés en grande majorité de Juifs et ce fut auprés d'eux que le PèreMarie Benoît fut amené à s'intéresser au problème juif. Au milieu de l'année 1942, son travail clandestin le mit en rapport avec les militants juifs qui avaient décidé de s'opposer, par tous les moyens à la déportation des leurs; certains hommes remarquables des Églises catholiques et protestantes.

C'est ainsi que le Père Marie-Benoît a été amené à faire partie de cette équipe d'animateurs qui comprenait M.René Hirsher, aumonier israélite de l'armée française, grand Rabbin de Strasbourg, qui fut arrèté et déporté par les Allemands avec sa femme ; M.Joseph Bass, connu dans la clandestinité sous le nom d'André, deux fois arrèté et deux fois évadé; Des laboratoires de faux papiers d'identité furent créés, des centres clandestins d'acceuil organisés. Les gens en dangers furent dirigés vers les départements moins exposés aux investigations de la police, des fonds importants furent distribués à tous ceux qui en avaient besoin, sans distinction de confession et d'origine.

Le Père Marie Benoît, homme d'une prestance majestueuse, voyageait beaucoup et nul ne pouvait soupçonner qu'il portait, dans les plis de sa robe, des fausses pièces, de bonnes adresses pour le maquis et toutes les recettes nécessaires pour donner à un homme, évadé d'un camp, une identité toute nouvelle, les moyens de subsister et l'espoir de vivre. Mais en même temps que cette activité qui l'absorbait environ dix-huit heures par jour , le Père étudiait la littérature, l'histoire, et l'ethnographie des Juifs et prenait contact avec des hommes, des associations clandestines juives.

Quant à la fin de mai 1943, une autorisation lui fut accordée d'aller à Rome, sur la demande du Vatican, les organisations juives étaient unanimes, pour lui confier la documentation et le charger d'exposer au Pape l'ensemble des problèmes que leur étât d'alors soulevait, au point de vue français et humain. Ainsi des renseignements précieux furent apportés à la capitale du monde catholique, les méthodes allemandes de cruauté et d'extermination divulguées et, en pleine guerre des relations nouées entre les Juifs de France et la Curie Romaine, sur le plan commun, de la défense de la personne humaine".

Nous n'en saurions pas davantage si l' "Affaire des Couvents" n'avait obligé, le Père Marie-Benoît, à sortir de sa discrétion habituelle. En effet il n'était pas homme à faire valoir son courage, l'action qui fut la sienne, et son activité au sein des organismes de Résistance, et des organismes Judéo-Chrétiens... mais la prétendue "épuration !" qui a fait suite à la Libération, obligea l'Église à parler et à sortir de sa discrétion, pour ... en sauver "..d'autres"..! C'est alors, seulement, que le Père accepta de raconter par écrit ce que fut réellement son action, comme il l'expliquera dans sa mise au point de 1975, lors de la publication du 9 me volume de: "Le St Siège et les victimes de la guerre" (Janvier-Décembre 1943):

- "Je n'ai pas l'intention de rappeler cette action, puisque cela a déjà été fait en 1948. Il faut se rappeler les faits. Après la seconde guerre mondiale, on accusait les religieux d'avoir été pour le Gouvernement de Vichy et la collaboration avec l'Allemagne. Pour répondre à cette accusation, on demanda à ceux qui avaient fait quelque chose dans la résistance, de l'écrire. J'écrivis. J'étais à Rome. De Paris on me pressait, car les autres récits étaient déjà prêts. Mon texte est donc hatif et incomplet. Mais quand même une trentaine de pages, toutes de moi, sont rédigées objectivement, auxquelles on peut se référer". Ce récit se trouve dans le Livre d'or des congrégations françaises, 1939 - 1945 - D.R.A.C. Paris pp.305-351. -1948 -"

C'est à ce texte que nous nous référons durant les trois premiers chapitres.


(1) - C'est ce que le Père Marie-Benoît expliquera, dans un document de 8 pages: "Il se trouve que mon action a eu des relations importantes avec le Saint Siège, et le Vatican en a largement parlé dans une publication récente de 1975.".. Soucieux comme toujours, de limiter son action au rôle qui fut réellement le sien, il apporte quelques précisions que nous retrouverons en fin de chapitre et au chapitre 2.

Un chapitre 5, dira à ceux qui souhaiteraient mieux connaître sa personnalité, son enfance, la vocation de ce jeune capucin, ses brillantes études qui en 1921, le conduisirent à Rome, au Collège International des Capucins. Ce Collège où il enseignera théologie et Écriture Sainte pendant prés de 30 ans. C'est donc là, à Rome qu'il se trouve en 1939, au moment de la déclaration de guerre.

1 - MARSEILLE

Si le Père Marie Benoît est mobilisé en septembre 1939, et quitte Rome où il enseigne la théologie et l'Écriture Sainte, ce ne sera que pour quelques mois. Dés la déclaration de guerre, il se rend à l'Ambassade de France et il sera mobilisé comme interprète à l'État-major du Général Billotte, à la 15e D.I. à Marseille. Démobilisé, en raison de son âge, il repart à Rome le 21 décembre, jusqu'à l'entrée en guerre de l'Italie,et regagne Marseille le 19 juin 1940.

Ces quelques mois de 1939 lui ont permis de connaître la crise politique qui a divisé ses compatriotes, suite à un gouvernement de front populaire qui n'a pas réussi à résoudre les inégalités sociales et s'est heurté à une certaine forme de patriotisme qui commençait à triompher chez nos voisins... si celui-ci était loin de rassembler tous les français, il les divisait singulièrement. Mais en quelques mois la "drôle de guerre" avait fait place à une Zone "dite libre" de la France occupée, qui a vu, en quelques semaines, le nombre de ses réfugiés augmenter d'une façon considérable.

Déjà, deux ans plus tôt, la victoire de Franco avait provoqué l'arrivée de nombreux républicains espagnols, et des militants des Brigades Internationales. Ces derniers étaient de tous pays, et en particulier de l'Europe de l'Est, dont un nombre important de Juifs fuyant le nazisme. À toute hâte le gouvernement avait dû créer des Camps d'internements, dans lesquels ils se trouvaient sous bonne garde..! C'est également dans ces camps que vont être envoyés les Juifs venant de Belgique et autres pays de l'Est, aprés le 10 Mai et l'invasion de la Belgique, ce que raconte Marianne Spier-Donati dans le livre d'Olga Tarcali, "Retour à Erfurt " l'Harmattan, 2001 ) aux page 47 et suivantes :

 

" …Je pensais à mon père qui, quand nous vivions à Bruxelles après notre départ d'Allemagne, s'était mis à observer certains rites (je le vois encore aller à la synagogue le jour de Kippour avec un chapeau haut de forme, comme on le faisait à l'époque) en disant : " Ils nous renvoient à notre condition de juifs ?

" Eh bien, soyons-le ! " Cette revendication clairement affirmée, alliée à la conviction que "si on est honnête rien ne peut nous arriver " (conviction qui me paraît aujourd'hui d'une poignante naïveté, et que hélas tout aussi naïvement je partage quelque peu moi-même), l'avait plus tard conduit, comme je l'ai dit, à se déclarer comme juif aux autorités françaises, et cela le mena, lui et ma mère, à leur perte "

p.56 …Je n'ai que des souvenirs heureux de ma vie à Bruxelles, le bonheur régnait dans la maison… j'ai en particulier le souvenir d'une merveilleuse promenade que nous fîmes le 9 mai 1940 avec mon père au bois de la Cambre… Cet état de grâce, ce bonheur de rêve allait se fracasser dès le lendemain, en ce fameux 10 mai 1940, où les Allemands bombardèrent Bruxelles. Le jour qui suivit, ma mère téléphona partout, demandant conseil à ses amis. Le surlendemain, la police belge arrêtait mon père, c'était un Allemand, donc un ennemi, puisque l'Allemagne envahissait la Belgique. Une amie de ma mère possédait une voiture… Nous partîmes en direction de la France… pour nous trouver dans le fameux exode qui mit la France entière sur les routes.

Sur la route de Bordeaux, au cours d'un contrôle d'identité, les gendarmes nous dirent qu'il nous fallait aller à Gurs, près de Pau. Là se trouvait un camp où devaient se rendre tous les étrangers. C'est ainsi que, n'ayant pas d'autre endroit où aller, nous nous rendîmes spontanément, et en voiture au camp de Gurs… Au bout de deux mois, ma mère apprit que mon père avait été transféré au camp de Saint-Cyprien où nous le rejoignîmes, mais après l'inondation du camp, nous fûmes transférés à Gurs, ma mère, mon frère et moi. Elle écrit : " pour la deuxième fois séparés sans pitié… la seule chose valable dans notre malheur, être ensemble, nous est maintenant ôtée… Nous nous sentons tellement impuissants, désespoir sans limites. Nous fûmes accueillis à Cap d'Ail où mes parents avaient appris que résidaient de leurs amis. mais notre grand désespoir, toutes nos démarches pour obtenir des affidavits ont échoué…"

Ce texte de "Retour à Erfurt" rend également compte de la situation de ces "réfugiés" venus de l'Est, et de la manière dont une France aux abois se prépare à les acceuillir.

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Des camps d'internement, comme le Camp des Mille, il y en avait dans tout le Sud: de l'Ouest à l'Est : Gurs (64), Saint Cyprien (24), Argelès (65), Le Récébédou et Noé (31), Le Vernet (11), Rivesaltes (66), Cap d'Ail (06)... un nombre de réfugiés estimé à 26.441 juifs, 25.755 espagnols, 6.800 volontaires des brigades internationales.

Comme nous venons de le lire, c'est au Camp de Milles que l'Archevèque de Marseille va lui demander d'en assurer l'aumônerie.

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Le "Camp des Milles "..! - Un camp d'internement, malheureusement devenu beaucoup trop célèbre.. Une ancienne tuilerie qui avait fait faillite, situé à la sorte du village de Milles. Au moment de la déclaration de guerre, on la transforma en Camp de concentration, pour y enfermer... des allemands anti-nazis réfugiés en France, enfermés làb, pour éviter que parmi eux ne se trouvent quelques espions déguisés en anti-nazis..
PROVENCE-AUSCHVITCH un ouvrage sous la direction de Robert Mencherini voir: bibliographie
( Pour plus d'infos :
www.campdesmilles.org ou encore: www.Memoirejuive.org/milles.htm
et :
http://appa.aix.free.fr/camp/pages/index.html ; http://perso.orange.fr/d-d.natanson/artistes_milles.htm_

Ce que le Père Marie Benoît ne nous dit pas, mais que nous savons par l'introduction à son article dans le "Livre d'Or", c'est que l'un de ses premières activités, en arrivant à Marseille fut d'aider les aviateurs Anglo-Américains et alliés, à quitter la France (Livre d'Or page 300, et autres hommages de l'Amérique).

- 18 Novembre 1942,

... Mais donnons lui la parole :

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" 1°MARSEILLE , Juin 1940- juin 1943 - "Étant de nationalité française et mobilisable, en raison de l'imminence de la guerre entre l'Italie et la France, je quittai Rome où je réside habituellement, le 19 juin 1940, et en attendant les évènements, je me rendis à Marseille au couvent des Capucins, 51 rue Croix de Régnier, où je restais trois ans. Une activité tout à fait imprévue m'y était réservée.

"J'avais déjà pris contact avec divers Israéites ayant fui la zone occupée par les allemands, lorsque le gouvernement de Vichy publia le statut des Juifs. Dés ce moment-là, il s'agit de protéger les Juifs étrangers réfugiés en France, qui cessait d'être lieu sûr et terre de liberté.

"Que pouvait-on faire pour les aider ? Leur procurer des cartes d'identité avec un nom différent, des recommandations pour obtenir des sauf-conduits, les cacher provisoirement, lorsqu'ils commencèrent à être recherchés, et pour cela disposer de chambres et de personnes de bonne composition, en attendant de pouvoir les faire partir vers l'Espagne ou pour la Suisse. Avec le temps, il fallut évidemment pourvoir à bien d'autres misères, trouver argent, vivres, vêtements... etc

 

 
En effet depuis la promulgation du Statut des Juifs, le 3 octobre 1940, leur interdisant d'occuper des emplois dans l'armée,la fonction publique,

l'édition, le cinéma, et, malgré certaines exceptions (qui seront supprimées le 2 juin 1941) les juifs sont recherchés et subissent vexations, poursuites, arrestations. Le port de l'étoile jaune sera rendu obligatoire le 29 mai 1942).

"J'entrai en relations avec des organisations de passeurs et des filières d'évasion pour l'Espagne et la Suisse, j'en eus même quelques unes à ma disposition."

«Je recevais ainsi mes protégés au couvent, ce qui n’était pas sans inconvénients, ni sans attirer l’attention, car les parloirs étaient presque toujours pleins. J’entrais aussi en collaboration avec les Dames de Sion, de la rue Paradis, 232, qui eurent, de leur côté, une grande activité du même genre, et je pus recevoir chez elles nombre de nos protégés »

"J'étais aussi en liaison avec divers comités Juifs de Marseille, diverses organisations de la résistance et des personnes courageuses qui, un peu partout, nous aidaient.

Une collaboration trés vive s'établit entre nous, catholiques, et les pasteurs protestants (Note 1), orthodoxes ou d'autres cultes.

"Je fus averti plusieurs fois que la police nous surveillait. Nous avions aussi parmi elles des amis qui nous informaient des dangers qui nous menaçaient ou des mesures qui allaient être prises. Un jour, on me fit prévenir qu'un de mes protégés avait été arrêté à la frontière espagnole, muni de faux papiers, et qu'il avait été contraint d'avouer qu'il les avaient reçus de moi.

 

" On venait me trouver à toutes les heures. Un matin, à 5 h. 30, une jeune fille se présente à la porte du couvent et me supplie de l'aider à libérer son père qui venait d'être arrêté. Je lui indique une marche à suivre et elle s'en va. À 10 heures du

soir, elle est de retour, parce qu'elle n'avait réussi à rien.

Une autre fois, un belge arrive au couvent à 10 heures du soir en disant : "Je viens de m'échapper du "Brébant Marseillais", sis à quatre pas du couvent, aidez moi à trouver un refuge"

Visiteur du camp des Milles"

"L' Évèque de Marseille, en accord avec la Préfecture, me nomme visiteur du « Camp d’internement des Milles », près d’Aix-en-Provence et de l'Hotel Bompard à Marseille, qui étaient deux camps d'internement. J' y allai souvent rendre les services qui étaient en mon pouvoir".

Novembre 1942,

 

"Le débarquement des troupes Américaines en Afrique du Nord et en Tunisie, provoque l'envahissement de la zone occupée par les troupes allemandes...

Le 11 novembre 1942, Marseille est occupée à son tour, comme le reste du Sud de la France. Aussi pour ne pas tomber aux mains des allemands, la flotte françaises qui, selon les conventions d'armistice, avait été regroupées au large de Toulon, se saborde.
C'est une nouvelle page de l'histoire qui se tourne. Les évasions par l'Espagne et la Suisse deviennent impossible.

( Dessin de Chancel - À Toulon la flotte se saborde )

" Lorsque les allemands eurent occupé Marseille et le sud de la France, il ne fut pour ainsi dire plus possible de passer en Espagne ou en Suisse.

" Mais alors il se produisit ceci, dans la zone du Sud-est de la France, occupée par l'armée italienne, les autorités d'occupation avaient envers les Juifs une attitude trés differente que celle de la police allemande et de la police de Vichy. Elle les protégeaient et les traitaient humainement . Des centres d'accueil furent créés, dirigés par les Juifs eux-mêmes, principalement à Nice et Grenoble.

. . . . . . . Évacuation du quartier du Vieux Port

Le 1er février, "Pour des raisons d'ordre militaire et afin de garantir la sécurité de la population "..? les autorités allemandes ont notifié à l'aministration française l'ordre de procéder immédiatement à l'évacuation du vieux port de Marseille.
Gràce à l'esprit de solidarité, les habitants ont pu récupérer le samedi et le dimanche, les biens qu'ils avaient laissés sur place. La destruction du quartier du vieux port a commencé lundi à 9 heures.

- " De Marseille et d'un peu partout on organisait des départs pour la zone italienne, où nos protégés étaient pris en charge. Des milliers passèrent ainsi.

" Je commençai alors à me rendre à Cannes et à Nice pour y travailler d'accord avec les comités de ces villes. Chaque dimanche soir, accompagné de mon secrétaire, Mr André Joseph Bass, Juif français intelligent et courageux, qui reste mon ami trés cher, je prenais le train de Marseille pour Cannes et Nice, où nous restions jusqu'au mercredi ou jeudi. On traitait affaires avec le bureau de la Synagogue de Nice ou avec l'UGIF (Union Générale des Israélites Fançais). On rencontrait les personnes qui pouvaient nous aider, puis on rentrait continuer le travail à Marseille.

Le couvent des capucins de Nice, 11 Montée Claire Virenque où il trouve refuge toutes les fins de semaine avec son ami Joseph André Bass. Les capucins se trouvaient également au Monastère de l'Annonciade, qui domine Menton, tout laisse penser qu'il y vint et y trouva refuge.

" Cette protection accordée aux Juifs par les italiens, fut remarquée par Vichy et par les Allemands. On a su aprés la guerre que Von Ribbentrop, au cours d'un voyage à Rome, se plaignit à Mussolini de cette différence de politique envers les Juifs. Le Duce promit d'y mettre ordre et envoya à Nice, aux premiers mois de 1943 un commissaire aux affaires juives, représentant le gouvernement italien, en la personne de Mr. Lo Spinoso avec le grade de Général. .

Il y avait par ailleurs à Nice un Juif italien, Mr. Angelo Donati, directeur de la banque de Crédit Franco-Italien, personne de marque, entièrement dévoué à la cause de ses corèligionnaires, un autre qui reste de mes amis trés chers, qui, en tant qu'Italien servait de trait d'union entre les comités juifs et les autorités italiennes. Il traitait directement avec Lo Spinoso. Mais il me demanda d'aller le voir, de lui soumettre quelques affaires plus importantes et surtout de le disposer favorablement envers les Juifs.

" Je lui rendis visite. Il m'accueillit volontiers et comme je lui parlais italien, la conversation prit vite un ton cordial et familier. Il me demanda si mes supérieurs étaient au courant de ma démarche. Je lui répondis qu'ils m'approuvaient pleinement. Mr. Lo Spinoso était un homme droit, pas spécialement féru des questions juives. C'est ainsi qu'il voulut savoir par exemple si le Dieu des Juifs est le même que celui des chrétiens, et pourquoi, moi, je m'occupais d'eux. Je n'eus pas de peine à l'éclairer et à me justifier et il me déclara qu'il ne demandait qu'à se montrer bienveillant envers les Juifs".

" Entre temps, mes Supérieurs de Rome m'avaient rappelé à mon poste en cette ville. Les démarches étaient longues, mais le Consulat italien m'annonça enfin que mes papiers étaient prêts. Averti de mon prochain départ, Donati me fit part d'un projet qu'il mûrissait depuis quelques temps et me demanda de l'aider. Avec la marche des évènements militaires, on craignait que l'armée italienne ne fut obligée d'évacuer la zone française d'occupation, laquelle serait alors envahie par l'armée allemande.

" Cette zone refuge des Juifs - on parlait de 30 à 50 000 - deviendrait alors tout d'un coup trés dangereuse pour eux, ils seraient la proie facile et toute préparée pour la Gestapo. Le projet Donati était de faire passer ces réfugiés de France en Italie, et sachant que sous peu j'irais à Rome, il me demandait d'aller au Vatican pour obtenir qu'on fit pression sur Mussolini à ce sujet. J'acceptai cette mission. Admis le principe de ma visite au Souverain Pontife, on pensa alors à soumettre au Saint Siège, par la même occasion, d'autres questions intéressants les Juifs de France.


LeGrand Rabbin Kaplan

 

À cette fin, accompagné de mon inséparable collaborateur, je partis trouver les autorités Juives du Consistoire réunies à Lyon. "J'eus une longue conversation, d'abord avec le secrétaire , Mr. Meiss puis avec le Président, Mr. Heilbroner, avec le Grand Rabbin de France, Mr. Schwarz, et le Rabbin Kaplan. Tous me parlèrent avec respect et admiration du Souverain Pontife et de l'Église catholique, et on fixa ensemble les points que je devais traiter

 


-' Le Grand. Rabbin Schwarz

lors de ma visite au Vatican. J'eus encore l'occasion de voir le Rabbin de Lille, celui de Strasbourg, Mr. Hirschler ; celui de Marseille, Mr. Salzer, le Président de l'UGIF. (Union Générale des Israélites de France) Mr Raoul Lambert; le Président des "Eclaireurs des Israélites", Mr. Edmond Fleg et beaucoup d'autres personnes du monde juif, de sorte que je pouvais avec plus de vérité me présenter au nom du Judaïsme français et aussi au nom des Juifs des différentes nationalités réfugiées en France.


Suite à cette visite il rassemble en une lettre datée du 13 Juillet, les quatre demandes qu'il est chargé de présenter au Souverain Pontife,
(
Cliquez lettre au Pape ).Cinq ans plus tard il en reprend les grandes lignes pour le "Livre d'Or", résumé que nous trouverons au début du Chapitre 2, avec la suite de son récit pour le "Livre d'Or.

 

. . . .




Mais le Père Marie Benoît, dans sa discrétion habituelle ne nous donne là que les grandes lignes de ce que fut son action durant les trois années passées à Marseille.

D'autres documents nous en disent davantage :

Il y a tout d'abord ce petit "Carnet noir" sur lequel le Père Marie-Benoît note succintement les pricipaux évenements de sa vie. S'il avait eu l'idée de le consulter, il nous aurait dit qu'au lieu d'arriver à Marseille en Juin 1940, c'est le 19 Mai à 20h.45 qu'il quitte la gare de Rome, pour arriver à Marseille

_ le 20 Mai à 18 heures....

le 26 mai, il remplace déjà son confrère le P.Pierre Baptiste pour célébrer la messe des scouts... et le 31, il dit la messe et confesse à N.D. de La Garde, le soir cérémonie à la Cathédrale pour la Consécration du nouvel Archevèque Mgr.De Belzunce, Mgr Delay parle, belle assistance d'hommes. . .

Le 1er Juin, messe et confessions à N.D. de La Garde.

Le 2 juin le Port de Marseille est bombardée par l'aviation allemande...le 15/08 messe et confessions à N.D. de La Garde... etc..

et le 5 Août 1942, il va au 58 Cours Gambetta où il rencontre M.Jules Isaac et sa femme... Camp des Milles : Pasteurs, prètres...suite...illisible+£ùunie ???... Cette rencontre avec Jules Isaac est importante, ils se retrouveront souvent, à Marseille sans doute, mais aussi bien plus tard, à Seelisberg et à Paris http://judaisme.sdv.fr/perso/jisaac/jisaac.htm.

Et c'est ce même 5 août 1942 qu'il est invité à rejoindre Rome pour y exercer la tàche de directeur spirituel au Collège International St.Laurent de Brindes... mais il lui faudra presque un an pour obtenir les papiers qui lui permettront de passer la frontière. " Un peu plus loin, il note un certain nombre de visites reçues le 5 janvier 43. . .on remarque les noms de Mr. Titmann et Mgr Hérissé...

Mais les Archives des Capucins de Paris nous fournissent également d'autres documents durant son séjour à Marseille:


L'un sous le n°25
: Le 1er mars 1960, dans le cadre du "Fichier Mondial des Dispersés" il aura à fournir une attestation concernant M. Félix Hopenfeldz, il écrira : "Me trouvant après l'armistice de 1940 au couvent des capucins rue Croix de Régnier à Marseille, je me suis intéressé au sort des personnes traquées par les autorités de Vichy et par les Allemands, du fait de leurs origines israélites c'est ainsi que je me suis occupé de M. Félix Hopenfeld qui était réfugié dans la région de Marseille. Il s'agissait de le cacher et de lui procurer des cartes d'identité fausses pour échapper aux persécuteurs. De plus en raison de son mauvais état de santé, il fallait le conduire chez des médecins bien disposés et lui trouver les remèdes nécessaires. M. Hopenfeld eut beaucoup à souffrir et, à l'arrivée des Allemands à Marseille, on le fit fuir vers la région de Nice, qui était plus sûre parce qu'elle était occupée par les troupes italiennes. Mais ce fut pour peu de temps, car les Allemands arrivèrent vite, le danger devint très grand et il dut fuir dans la montagne. Bien volontiers je délivre ce certificat, frémissant encore d'indignation pour le sort infligé à M. Félix Hopenfeld, pour le seul fait d'appartenir au peuple juif. "

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...
Une copie du N° 25 de ce fichier nous dit: " Le P. Marie Benoît obtenait ou fabriquait lui-même pour tous ces réfugiés, des cartes d'identité, avec des noms aryens, Clément, Martin et autres Durand. Il trouvait, avec le concours actif de Mme Leboucher, les fonds nécessaires pour les nourrir, les cacher, et organiser leur transfert en des lieux de sûreté.

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Au N° 27 - Réfugié en France, à Villelaure (Vaucluse), avec sa femme Ida et ses deux filles, Rachel et Esther, M. Fallmann fut arrêté, déporté, et ne revint plus…les trois femmes réussirent à s'échapper et vinrent à Marseille où je les pris sous ma protection et les cachai dans un couvent. En janvier 1943, elles tentèrent de passer en Suisse, mais elles furent refoulées. Elles revinrent à Marseille puis je les envoyai à Nice… Lorsque les troupes allemandes envahirent la région, elles s'enfuirent en Italie, et vinrent jusqu'à Rome. Mes trois protégées se trouvèrent de nouveau dans le plus grand danger lorsqu'en septembre 1943, les troupes allemandes envahirent Rome. Je dus cacher, nourrir et vêtir Madame Fallmann et ses deux filles… A plusieurs reprises, il fallut leur éviter des arrestations, les faire changer précipitamment de domicile. Les enfants furent m Villelaure (Vaucluse), avec sa femme Ida et ses deux filles, Rachel et Esther, M. Fallmann fut arrêté, déporté, et ne revint plus…les trois femmes réussirent à s'échapper et vinrent à Marseille où je les pris sous ma protection et les cachai dans un couvent. En janvier 1943, elles tentèrent de passer en Suisse, mais elles furent refoulées. Elles revinrent à Marseille puis je les envoyai à Nice… Lorsque les troupes allemandes envahirent la région, elles s'enfuirent en Italie, et vinrent jusqu'à Rome. Mes trois protégées se trouvèrent de nouveau dans le plus grand danger lorsqu'en septembre 1943, les troupes allemandes envahirent Rome. Je dus cacher, nourrir et vêtir Madame Fallmann et ses deux filles… A plusieurs reprises, il fallut leur éviter des arrestations, les faire changer précipitamment de domicile. Les enfants furent malades. Je dus les faire soigner en cachette. Vie de véritable persécution.

Une lecture attentive du dit fichier aurait pû permettre certainement d'en découvrir d'autres. Mais, pour des raisons politiciennes, ordre fut donné de le détruire... et par là même nous prive de bien d'autres récits..

Par ailleurs un certain nombre d'ouvrages ont été publiés en Italie et aux Étâts-Unis, en effet, dés la libération de Rome, la plupart de ceux avec lesquels le Père avait travaillé y partirent, et leurs témoignages sera à l'origine d'un certain nombre d'ouvrages qui restent à traduire. Nous n'en possedons pour l'instant que quelques extraits, en particulier le livre de Fernande Leboucher, qu'elle publiera en 1969: "Incredible Mission" ( New-York 1969). ( Cliquez Bibliographie)

En 1940, Fernande Leboucher est une jeune créatrice de mode, récemment mariée à un ingénieur polonais, Ludwick Nadelman. Réfugiée à Collioure, dans la zone libre, elle pouvait espérer que son mari serait à l'abri. Malheureusement un coup de filet de la police cueillit Ludwick Nadelman à Marseille et il se retrouva dans un camp de prisonniers à Rivesaltes."Grâce au P. Marie-Benoît, Mme Leboucher procura à son mari et aux amis israélites de celui-ci de faux papiers qui leur permirent de s'évader. Ce qui, à l'origine, avait été un problème personnel, allait devenir une entreprise d'envergure.

Mme Leboucher allait louer, rue de l'Académie, un appartement surnommé le pigeonnier, dont les fenêtres ouvrant sur une terrasse, permettaient aux hôtes de transit de passer rapidement sur le toit, en cas de raid policier. Elle exerçait son métier de modéliste, ce qui était une couverture pour l'adresse du pigeonnier. L'appartement était rempli de rubans, de plumes et de chapeaux. Un jour qu'une descente de police avait eu lieu dans le pigeonnier, les policiers eurent la stupéfaction de trouver le P. Marie- Benoît seul au milieu de tous ces colifichets, et se retirèrent, les oiseaux intéressants étant tous sortis par la terrasse à temps.
À certaines époques, il y eut jusqu'à vingt pensionnaires dans ce pigeonnier dont le surnom fut bientôt la maison du Bon Dieu.

Lorsque les Allemands pénétrèrent en zone libre, ils arrêtèrent immédiatement tous les Juifs qu'ils purent trouver et la situation des héroïques sauveteurs devint critique. Mme Leboucher, la collaboratrice précieuse de Marseille, devait regagner Paris un peu plus tard, n'ayant pas réussi à sauver son mari, pris en otage à l'improviste, et envoyé dans un camp d'extermination dont il ne devait jamais revenir … "

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Note 1- "Une collaboration s'établit trés vite entre nous, catholiques, et les Pasteurs protestants, orthodoxes ou autres cultes", écrit-il, de véritables amitiés se son nouées : Cette lettre du Pasteur J.S Lemaire, datée de Marseille du 26 Août 1981, témoigne de cette collaboration et amitié:

 

Ma joie sera grande de vous revoir à Paris le 18 octobre pour l'Assemblée des Justes des Nations", continue le Pasteur. "Nous sommes, en France 100 environ et j'espère que beaucoup seront présents à cette Assemblée amicale du revoir. J'ai lu avec beaucoup d'intérèt tout le travail que vous avez accompli en Italie. J'ai été en relation avec Mr. Donati de Nice.
Est-il toujours vivant ? Ce récit, avec d'autres nombreux, je l'espère formeront un livre du souvenir, pour l'information des français et des israéliens. Je ne sais si vous savez que j'ai été arrêté par la Gestapo le 14 / 8 / 43, mis en prison à Saint Pierre, déporté à Mauththausen, Meck et Dachau jusqu'au29 /4 /45. Nous avons beaucoup de choses à nous raconter...

Cette association des Justes des Nations n'existe que depuis peu et ce sera la 1re Assemblée Générale cette année . J'espère établir un lien d'amitié entre tous, pour garder le souvenir d'actions secrètes et souvent sublimes qui ont été accomplies par les Justes en faveur e. des Juifs traqués pendant la Guerre.

Dans l'attente du grand plaisir de vous revoir, je vous prie de croire à mes sentiments d'affection fraternelle.

 

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... vous venez de lire le premier chapitre Marseille,
où le Père passa trois ans du 20 juillet 1940 au 2 juin 1943.

_________ ..mais si vous voulez connaître la suite, vous cliquez sur le chapitre qui vous intéresse:

... la suite au Chapitre 2 Rome, il rencontre Pie XII le 10 Juillet 1943.
- 23 Juillet : Chute de Mussolini
- Septembre 1943 : les troupes Allemandes en Italie,
Président de la Delassem, il fabrique des faux papiers, par milliers . . .

Chapitre 3 - Rome : Les années térrible...
Milan.. Florence... ROME libérée

La FÊTE à la Synagogue retrouvée.. et la Grandes Fête du 31-12-1944

Chapitre 4 - Ma mission de bataille est terminée
1946 travaille à la recherche des enfants Juifs -1947 Conférence de Seelisberg
1958 Voyage en Israël -1964 Hommage de l'Italie et de l'Amérique
1966 "Juste parmi les Nations" - 1984 "Officier de la Légion d'Honneur,
malade et trés agé, il revient à Angers, où il meurt le 5 février 1990
Chapitre 5 mais QUI est-il donc ?
1-Témoignage de ceux qui ont vécu avec lui et l'ont bien connu.
2- Sa biographie - Né en Anjou, veut devenir capucin, étudiant à Spy,
novice et étudiant à Breust, mobilisé 1917-1919,
1921 envoyé à Rome poursuivre ses études de Théologie
et d'Écriture Sainte, 1925 : Il les enseigne à son tour, à Rome
d'abord, puis à Tours. Envoyé ensuite à Paris...
Suit une série de photos qui reprennent les grandes étapes de sa vie
et la Bibliographie et liste des documents d'archives de la rue Boissonade.

Chapitre 6 -Le monde continue de lui rendre hommage,
Bruxelles, 50me Anniversaire du Mémorial de la Shoah, à Rome
Le P. Marie Benoît n'a pas été oublié. Le 1er décembre 2006 la Fondation Wallenberg invite le monde entier à "faire mémoire".

Et pour ceux qui ne l'auraient pas déjà lu, l'article du journal "Le SOIR" du 11 septembre 1946, nous servait d' introduction , un texte qui est à la fois un bon résumé et un témoignage de ceux qui avaient travaillé avec lui.

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