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- 2- ROME 3 juin 1943 au 4 Juin 1944 |
| - Ici, comme précédemment, la suite du texte du P.Marie-Benoît dans le "Livre d'Or" |
- " Arrivé à Rome, je pensai tout de suite à préparer mon audience auprés du Souverain Pontife. Mon Supérieur Général, pleinement favorable à mon activité en faveur des Juifs, m'obtint cette audience le 10 Juillet 1943 et me présenta personnellement au Souverain Pontife. Celui-ci accueillit ma relation avec grande bienvéillance. À propos de l'action de la police de Vichy contre les Juifs, il me fit cette réflexion : "On n'aurait pas cru cela de la part de la France" et il me promit de s'intéresser personnellement aux questions que je lui soumettais.
- " Quatre étaient les points de ma relation au Souverain Pontife :
1° - Obtenir des nouvelles des Juifs déportés de France. On calculait qu'environ 50 000 Juifs, étrangers, mais aussi français, avaient été déportés de France en Allemagne. Un tout petit nombre avait réussi à fazire parvenir de leurs nouvelles. On demandait au Saint-Siège d'organiser des recherches, et j'avais aussi apporté au Souverain Pontife des informations obtenues clandestinement au sujet des camps de concentration de la Haute-Silésie et aussi sur la manière dont se faisaient les déportations en France. Malheureusement, le Saint Siège n'était pas en mesure d'obtenir ces nouvelles des déportés, parce que les autorités allemandes refusaient de donner la moindre information quand il s'agissait de Juifs. ( ..et en annexe B de sa lettre à Pie XII, une liste de personnes dont il cherche à obtenir des nouvelles annotées de sa main: Nadelman Ludwik né le 1 novembre 1906 à Varsovie, ingénieur, déporté de Drancy le 6 mars 1943. Golgensthein Esther, 72 ans et déportée le 26 de Drancy. Dernière trace le 28 septembre en gare de Chalons-sur- Marne. Bedier Joseph né le 20 février 1916. Arrêté par les autorités allemandes au domicile de ses parents, 19 rue de la préfecture à Angers, 21 mars. Transféré de la prison d'Angers à celle de Fresnes à Paris. Au bout de 3 mois condamné à mort avec 7 compagnons. Evêques de Paris et d'Angers obtiennent leur envoi en Allemagne. 2 juillet, transféré pour une détention de 10 ans. Ne donne aucune nouvelle "(Catholique non juif )
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" Sur ce point, j'eus l'honneur et la satisfaction de recevoir de S.E.Mgr Cicognani - une lettre qui m'informait de ce qui avait été fait: En voici la traduction :
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. - "Malheureusement, à la date du 9 septembre 1943, où cette lettre me fut écrite, la correspondance de Rome avec la France ne m'était plus possible, et je ne pus m'occuper personnellement de la mise à exécution des mesures qui avaient été prises.
4° Le quatrième point de ma relation soumise au Souverain Pontife concernait le projet de transfert de France en Italie des Juifs réfugiés dans la zone française occupée par les troupes italiennes. Mais les évènements politiques changèrent notablement la face des choses.
" Le 24 juillet, je reçois la visite d'Angelo Donati, venu de Nice à Rome pour traiter la question du projet avec le Gouvernement italien. Il m'informe qu'il a eu un accueil favorable au Ministère des Affaires Étrangères, de la part de Mr. Vidau, Directeur Général, et me demande de songer maintenant à l'aider à trouver des lieux de cantonnement dans l'Italie du Nord.
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- " Donati est optimiste..! .Le changement de gouvernement ne peut que faciliter notre projet. Donati repart pour Nice et le 7 Août il m'écrit que le consul italien de Nice a présenté officiellement l'affaire au Ministère des Affaires Étrangères. Le 15 Août, Donati est de nouveau à Rome. Je lui fais savoir qu'en cas de besoin j'ai la possibilité de le présenter à l'Ambassadeur de Grande Bretagne auprés du Vatican et au représentant de Roosevelt auprés du Souverain Pontife. Donati fertile en idées, envisage immédiatement de faire passer nos protégés d'Italie en Afrique du Nord et me demande de lui faire rencontrer les deux diplomates alliés. Je prie alors mon vénérable ami, Mgr. Hérissé, qui habite à Sainte Marthe, tout prés des deux ambassadeurs, de solliciter d'eux une audience pour nous, et la rencontre a lieu. Ces messieurs sont favorables. Ils interpelleront leurs gouvernements respectifs.
" Donati, rentré à Nice, m'a écrit qu'il connait les nobles sentiments de Son Excellence Guarraglia, ministre des Affaires Étrangères italien, qu'il sait aussi combien est haute l'estime de Sa Sainteté pour lui, et, étant donné le que le Saint Père a montré, dans l'audience qu'il m'a accordée, à l'importante question de l'entrée éventuelle d'un certain nombre de Juifs en Italie, il a ajouté; "Je pense donc qu'il serait de grande utilité que le Pape fasse connaître au Ministère des Affaires Étrangères italien qu'il apprécie la solution prise en vue par le consul de Nice."
- " Le temps me manque pour faire la démarche envisagée, d'ailleurs elle n'est pas nécessaire. Des mesures concrètes sont déjà prises, Donati de nouveau à Rome, me porte comme preuve de ce qui se fait, un exemplaire du document d'identité qui a été établi, d'accord avec les Autorités italiennes et qui sera délivré à chaque Juif pour pouvoir entrer en Italie. Donati me demande de faire savoir à Mr. Osborne, ambassadeur d'Angleterre auprés du Vatican, que la demande de transfert des Israélites en Afrique du Nord lui a été adressée par la "Delassem" ( Délégation assistunza emigtanti ) et que par conséquent, dans les télégrammes à envoyer au gouvernement anglais, il faut faire mention de cette Délégation et non de Mr. Donati. Il me prie également de communiquer à Mr. Osborne la date à laquelle j'ai été reçu en audience par le Souverain Pontife au sujet de la question juive en France, de lui rapporter les paroles du Pape , à savoir qu'il s'y intéressait tout particulièrement, et de lui dire enfin que j'ai été informé par la Secrétairie d'État qu'on donnait bonne suite aux demandes que j'avais présentées.
- " Les visites et les contacts se multiplient avec de bons résultats. Les gouvernements d'Angleterre et des États-Unis donnent une réponse affirmative. Nous sommes au début de septembre. Les préparatifs sont achevés, il n'y a plus qu'à passer à exécution? J'avertis Donati que j'ai une occasion pour Lisbonne : un de mes confrères qui part pour les Missions se rend au Portugal. Donati me dicte alors, pour le Comité juif de Lisbonne la note suivante, que je reproduis telle qu'elle, pour donner une idée de l'ampleur du projet et de tout ce qui s'était fait en vue de sa réalisation:
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- " Donati me demande encore de prier le Saint Siège d'appuyer notre projet dans sa deuxième partie auprés des gouvernements de Londres et de Washington et d'écrire à Lord Reading en Angleterre, par la voie du Portugal dont je dispose. Ce que je fais. Nous sommes au 7 septembre 1943. Qu'on note cette date. Mon confrère missionnaire part le 8 pour le Portugal, emportant avec lui la note Donati pour le comité de Lisbonne et la lettre que j'ai écrite pour Lord Reading, et ce même 8 septembre, un mois avant la date que l'on ne attendait, est publiée la nouvelle de l'armistice italo-allié, qui fait crouler tous nos plans, avec même des complications tragiques, car de nombreux Juifs, concentrés dans la région de Nice en vue du projet Donati, se trouvent aussitôt exposés aux recherches de la Gestapo, qui a envahi toute la zone française auparavant occupée par l'Italie. En somme un beau projet, qui aboutit à un désastre, faute de temps pour le réaliser. (Dans une note du livre de L.Poliakov, " La condition des Juifs en France sous l'occupation italienne" ( Paris 1946, page 40).
" Donati donne à ce sujet la
précision suivante : C'est uniquement la publication
prématurée de l'armistice par le Général Eisenhower, à
l'insu du gouvernement italien - publication dont on n'a jusqu'à
ce jour révélé les raisons - qui a empêché le couronnement
de l'oeuvre de sauvetage des Juifs réfugiés en zone
d'occupation italienne pour leur transfert en Afrique du
Nord."
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- " Cependant un fort groupe de Juifs, voyageant en direction de Nice et arrivé à Grenoble.vit son train dévié, sans savoir, ni pourquoi, ni comment, vers Turin et entra en Italie. Ce groupe était dirigé par Mr. Aaron Karsterszt et Mr. Stéphan Schwamm, qui par la suite devinrent mes collaborateurs et amis. Une note de Schwamm me sert beaucoup pour rédiger cette troisième partie de mon résumé. Instinctivement ils poussèrent jusqu'à Rome et allèrent se présenter au Comité Juif " DELASSEM " (Delegazione assistenza Emigrante Ebrei) . On les logea provisoirement à l'orphelinat israélite.
- " Je fus averti de la présence de ces réfugiés par un ami, j'allai les trouver et reconnus parmi eux plusieurs de mes protégés de Nice et de Marseille..."
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"... Il fallait donc recommencer ou continuer l'assistance (continue le Père.Marie-Benoît.)...j e les visitais tous les jours et pris contact avec les dirigeants de la Delassem, que je ne connaissais pas encore. Nos Juifs ne pouvaient rester longtemps à l'orphelinat, car les Allemands étaient arrivés à Rome. On les distribua dans diverses pensions de famille, où le Comité dut payer assez cher pour obtenir qu'on les logeat sans les déclarer à la police, comme le prescrivait la loi. Pour plus de sûreté, j'allais à la police centrale de Rome avec Mr.Sorani Settimio, président de la " Delassem ", signaler la présence et le cas de nos gens, dont un bon nombre étaient sans documents d'identité. On nous accueillit avec bienveillance et le chef du service des étrangers nous dit qu'il suffisait qu'il sache globalement où ils étaient logés et qu'ils ne seraient pas inquiétés.
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- " Une première
difficulté serieuse se présenta au début d'octobre au
sujet des cartes d'alimentation. Il fallait en procurer
à tout prix à nos assistés. L'un de nous fit
connaissance d'une certaine personne qui, se disant
fonctionnaire du service des rapatriés de l'Étranger,
s'intéressa à notre affaire et obtint du service des
étrangers plusieurs centaines de cartes d'alimentation
provisoires. - " Mais la Direction du Service des étrangers s'aperçut que la personne en question n'appartenait pas au Service des Étrangers, et qu'ayant soustrait en fraude au Service - dans un but de lucre - des papiers et des tampons, elle avait rédigé elle même la demande de cartes d'alimentation et falsifié la signature. |
- " Nous ne savions rien de tout celà, et étions en train de distribuer pacifiquement nos cartes d'alimentation, quand un ami vint me prévenir que nous sommes menacés d'être dénoncés à la police et arrêtés.
- " En toute hâte je cours au Service des Étrangers pour conjurer le danger, et j'eus la chance de tomber sur un homme compréhensif, qui se rendit parfaitement compte que nous n'étions pour rien dans la fraude opérée et que nos intentions humanitaires étaient, non seulement irréprochables mais hautement louables, et il me promit d'arrêter la dénonciation.
- " Le local de la " Delassem " continua à fonctionner pendant quelques temps sous la direction de Sorani Settimio aidé de Giuseppe Levi. Mais arrive le 16 octobre, date terrible pour les Juifs romains. Ils doivent livrer à la Gestapo 50 kilos d'or ; puis une grande rafle en prend plus de 2.000. Nos protégés, étrangers et ignorés. Mais la panique les gagne, non sans raison d'ailleurs, car l'avenir est plein de menaces. Le local de la "Delassem" est fermé. Les archives principales sont transportés à mon couvent de la Via Secilia, 159 : six gros paquets que je tiendrai caché pendant des mois, jusqu'à ce que, le couvent étant devenu lui-même suspect, ils soient transférés chez nos voisins, les Pères Carmes.
- " Pendant quelques temps les réunions du Comité se tiennent tantôt dans une pension, tantôt dans une autre. Mais cela est dangereux. Un jour la pension " Salus " de la Piazza Indispendenza, où logent une quarantaine de nos gens, est cernée par un détachement de la police allemande. Je m'y trouve. Heureusement il y a, dans la cour de derrière, un mur que l'on peut franchir moyennant une échelle, et en quelques minutes tous déguerpissent par là. Je reste presque seul avec le personnel de la pension. Au bout de trois heures, aprés avoir insisté auprés des agents qui perquisitionnent, je suis relaché.
- " Peu à peu notre Comité commence à se réunir au couvent de la Via Sicilia, 159, lequel sera en fait, notre local jusqu'à la Libération ou à peu prés. Une bonne demi-douzaine de salles au moins furent mises ( ou prises) à notre disposition. On utilisa aussi la porte de la Via Boncompagni, qui permettait de fuir en cas de danger. Notre Comité était mixte : Settimio Sorani, président de la Delassem et son secrétaire Guiseppe Levi, du côté italien, Aaron Kaszterszlein et Stephane Schwamm, du coté des étrangers venus de France, et moi comme élément coordinateur et protecteur du dehors. Le président fut arrêté, un jour, avec un faux nom et sans qu'on découvrit qu'il était Juif, et relaché au bout d'une dizaine de jours. il revint courageusement travailler avec nous, mais dut se cacher et à partir de ce moment là, je devins le Président du Comité. D'ailleurs j'étais le seul à avoir la liberté suffisante pour pouvoir me présenter partout, à la police, dans les ambassades et les divers services, etc...
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| - Le Père Marie
Benoîtici, avec quelques uns de ses frères qui
l'avaient particulièrement aidé dans son travail: Le Père Général , Le P. Beaudoin, le Père Archange, yougoslave, le Père Calixte Lopinot et le frère Portier qui eut un rôle particulièrement important, durant tous ces évènements..! |
- " Je garde de tous mes collaborateurs la meilleure estime pour leur intelligence et leur courage en ces temps si difficiles. J'eus toujours l'appui et l'approbation du P. Recteur du Collège et du R. P. Général. On m'a rapporté qu'un jour, quelqu'un étant allé se plaindre auprés de lui de mes manières de faire plutôt compromettantes, il lui fit cette réponse : " Ne vous préoccupez de rien ; si quelqu'un doit aller en prison avec le P. Marie-Benoît, ce ne sera pas vous, mais moi. " Sûr de cette approbation, je continuai mon action, mais je reconnais volontiers que j'étais en effet compromettant pour le Collège, et qu'à plusieurs reprises on craignit sérieusement une perquisition. Nous fûmes visiblement protégés. Comment les Allemands ou les fascistes ne s'occupèrent-ils jamais de nous, alors qu'en face de la porte d'entrée du couvent, on torturait les partisans et les résistants dans la pension Jaccarini de si triste renommée ?
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" L'activité de
notre Comité ? - " Il y avait tout à faire. Nous avions à assister un nombre chaque jour croissant de Juifs étrangers arrivant à Rome, à la fin plus de 1 500, de Juifs italiens de l'italie du Nord, également réfugiés à Rome, et de Juifs romains, à la fin plus de 2.500, sans compter ceux qui ne faisaient que passer. Des centaines de personnes venaient chaque jour aux parloirs du couvent. Certains qui ne savaient pas mon nom demandaient au portier " Le Père des Juifs ". Cette affluence étant extrèmement dangereuse, on créa en ville des centres de distributions, qui durent d'ailleurs changer souvent, en raison des incidents fréquents qui survenaient. Les groupes constitués répondaient à peu près aux catégories suivantes : Juifs étrangers provenant de France ; Juifs étrangers résidants en Italie ou à Rome depuis plusieurs années; Juifs Yougoslaves; Juifs Italiens non romains. |
- " Où trouver l'argent ? Pour se faire une idée de nos besoins il faut penser que la plupart de ceux que nous assistons étaient dépourvus de tout moyen d'existence. Quantité de Juifs italiens eux mêmes, obligés de changer de nom ou de domicile, étaient astreints à dépenser des sommes folles pour pouvoir vivre et s'abriter. Jusqu'en décembre il nous arriva de l'argent de Gênes, où le Cardinal Boetto avait pris la gérance des fonds de le Delassem centrale, mais en décembre notre agent de liaison fut arrêté, s'évada, puis dut s'enfuir en Suisse et nous restâmes sans un sou. Je fis observer que nous avions la possibilité d'approcher l'ambassadeur d'Angleterre auprés du Vatican et le représentant de Roosevelt auprés du Souverain Pontife, et Aaron, qui était habituellement notre pourvoyeur d'idées lumineuses, suggéra d'interpeller par leur intermédiaire le " Joint American Distribution Committee ", organisation mondiale d'assistance aux Juifs. Ce fut notre salut. Mais non sans difficultés et longs pourparlers.
| - " Pour aborder
les ambassadeurs, je recourus de nouveau à l'obligeance
de Mgr. Hérissé, qui malgè son grand âge fut
magnifique de dévouement et de savoir faire. "Je vis d'abord Mr. Tittmann, représentant de Roosevelt, puisque le "Joint" était aux États-Unis. Mr Tittman voulut bien télégraphier à son gouvernement, et aprés une attente assez longue, une réponse affirmative arriva : 20.000 dollars étaient déposés pour nous en Angleterre. "Ce fut alors,
chez l'ambassadeur d'Angleterre que je dus me présenter.
Il ne voulait recevoir que moi seul. Les dollars ne
pouvaient pas venir plus prés de nous, même pas en
Suisse. |
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acceptant de nous acheter les dollars en lires italiennes, sur la seule garantie de l'ambassadeur. Nous nous réunissions chez Mgr Hérissé, Sorani et les hommes d'affaires discutaient les modalités de l'opération, et quand tout était au point, je me rendais chez Mr. Osborne lui référais le tout et revenais avec sa signature. Une seconde fois nous dûmes recourir aux ambassadeurs pour demander de nouveau de l'argent au Joint, et les mêmes démarches se firent dans les mêmes conditions. Mr. Tittman exigea de voir les représantants qualifiés des Autorités Juives de Rome, et je me rendis chez lui en compagnie de Mr. Dante Almasi, président de la Communauté, et de Sorani.
- - En 1975, comme celà a été dit en introduction, suite à la publication du 9 me volume des Actes et Documents du Saint Siège, consacré à la 2 me guerre mondiale, le P. Marie-Benoît éprouve le besoin de préciser qu'il n'était pas une "personnalité importante ", s'il a rencontré le Pape , il tient à préciser qu'il ne l'a vu qu'une seule fois, le 16 juillet 1943, il était inconnu du Vatican. Mais son Père Général devait renconter le Pape, ce jour là, sur un tout autre sujet. Comte tenu de l'urgence et de l'importance du projet Donati, le P. Donat de Melle jugea plus important de permettre au P.Marie-Benoît de soumettre au Pape le projet Donati. - Par ailleurs, il tient à préciser : "Je n'ai reçu aucune mission du Vatican, car j'y étais inconnu. Le secrétaire des États Unis et l'ambassadeur d'Angleterre y étaient réfugiés. Nous sommes allé les trouver "en cachette", selon l'expression de Donati. Ce ne fut ni par esprit d'indépendance, ni par esprit d'indiscipline. Je n'étais nullement habitué à la Secrétairerie d'État, mes compagnons Juifs encore moins. Le Vatican c'était pour nous une montagne. Nous étions pressés. L'intermédiaire de Mgr Hérissé fut pour nous une aubaine inespérée. Il précise plus haut que "pour traiter avec Harold Tittman, représentant des Étâts-Unis et Osborne, ambassadeur d'Angleterre, tous deux réfugiés à Sainte Marthe, au Vatican, on s'était servi de mon ami Mgr Hérissé, qui habitait face à face avec Tittmann, de même avec l'ambassadeur Osborne. et cela " en cachette" comme le dit Donati... Les Juifs de Rome furent reconnaissant à Mgr. Hérissé, et en parlèrent, à sa mort dans le journal : "Israël". En tout cas le Vatican ne fut pour rien dans toute cette affaire. Mais par cette affirmation, le Père Marie Benoît ne conteste pas pour autant l'attitude de Pie XII dans ce moment tragique de l'histoire de Rome. En effet, si plusieurs centaines de Juifs ont pù trouver refuge dans les monastères de Rome et de l'Italie, c'est parce que moines et moniales se savaient invités à accueillr ceux et celles qui étaient recherchés par la Gestapo. Dans certains monastères connus pour la rigidité de leur clôture, Juives et Juifs revêtirent les costumes de moines et moniales. Le Numéro 8 de 2006, "30GIORNO" en rend compte très largement. (p. 44 à 58) Nous avons utilisé quelques photos pour illustrer ce chapitre. On peut demander ce numéro 8 en écrivant à "30GIORNI" (Dans l'Église et dans le Monde)
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- " Au début de décembre une loi parut aux termes de laquelle toutes les personnes arrivées à Rome aprés le 6 décembre ne pourraient plus recevoir de permis de séjour. C'était mauvais signe. On s'attendait à de vastes opérations de police. Il fallait à tout prix légaliser nos gens ou les faire disparaître. Un moment Sorani eut le projet de les envoyer dans les catacombes, où se cachaient déjà beaucoup de partisans, mais on se rendit compte que c'était impraticable. Entre temps Sorani, qui était en trés bons termes avec Mr. Chauvet, attaché à la Légation Suisse ( qui représentait les intérèts français durant la guerre), avait obtenu pour quelques personnes, en possession de cartes d'identité française, des lettres de protection d'usage local. Schwamm eut l'idée de continuer de cette manière et rendit visite à Chauvet, lui montrant une fausse carte d'identité fabriquée par des moyens de fortune, et déclarant qu'il y aurait environ 200 possesseurs de cartes semblables à prendre sous la protection du consulat Suisse.
- " Chauvet visiblement embarassé, d'une part, ne voulant pas refuser, de l'autre, ne pouvant exposer la Légation à des ennuis, répondit que " ce papier était un peu trop mal fait ". Schwamm lui promit d'en apporter de meilleurs. Chauvet répondit qu'il ne pouvait accepter que des documents " qui n'avaient pas l'air d'être faux ".
" Le temps pressait. On se servit des papiers grossièrement fabriqués pour inscrire nos gens dans les registres des hotels et des pensions avant le 6 décembre. Ensuite on perfectionna les choses. Il y avait au couvent une vieille imprimerie à main et je la trouvai dans une chambre à débarras sous la poussière et les objets de rebut. Nous avions parmi nos assistés un imprimeur qui réussit à tirer quelque chose de cette machine primitive et nous donna des cartes d'identité trés "convenables".
" Un de nos amis de la résistance se chargea de faire fabriquer, chez un graveur plusieurs tampons de cinq ou six villes de France, dont nous avions trouvé les empreintes parmi les papiers de nos gens. Le plus difficile était de nous procurer des timbres fiscaux. On les remplaça par des timbres postes.
" Nous en avions quelques uns et on en acheta chez les philatélistes. Mais il en fallait bien trop, nous dûmes employer des timbres oblitérés qu'on maquillait tant bien que mal. C'était fou, mais cela passa. Chauvet s'en contenta, de même l'ambassadeur de Roumanie, Mr. Grigorcin, qui avait, lui aussi adopté nos assistés, ainsi que le Consul hongrois, Mr.Szasz. Par centaines nos cartes d'identité s'écoulêrents; Un jour Mr. Debroise, exConsul français, gagné à la cause des Alliés vint nous en demander pour des personnes qu'il protégeait.
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" C'est un peu fort, lui dis-je, ce sont même les rôles renversés;; ! Un Consul de France qui vient me demander des papiers français ! "" Notre activité ne se limitait pas à procurer aux étrangers des papiers d'identité qui leur permettraient d'obtenir des lettres de protection des consulats auxquels on les adressait. Il y avait aussi les Juifs italiens, qui, changeant de nom devaient se munir de nouveaux documents. Pour eux on ne pouvait pas procéder de la même façon. On recourait aux Comités de résistance~ vec lesquels nous étions en liaison constante, et ils nous procuraient de nouvelles cartes d'identité. N leur défaut, car il faut penser que nous avons secouru des milliers de personnes, on employa aussi des papiers provisoires délivrés aux évacués, aux réfugiés, aux sinistrés de guerre, etc.., tout ce qui nous tombait sous la main. |
- " Il fallait renouveler,nos cartes d'alimentation, car les temps étaient devenus beaucoup plus durs. J'allai avec Schwamm parler à Mr. Charrier, directeur du Service d'Alimentation pour les étrangers. Il s'agissait maintenant de " 500 réfugiés provenant de France ", qu'on devait munir de cartes d'alimentation avant qu'ils n'eussent obtenu leur permis de séjour, car la police n'avait pas assez de personnel pour délivrer tant de permis en quelques jours. Charrier comprit et voulut simplement se couvrir en me présentant au Directeur du Service d'Alimentation, lequel comprit aussi et dit à Charrier qu'il pouvait marcher.
-" On convint qu'on fournirait à Charrier, comme pièces à l'appui, des certificats légalisés par le Vicariat de Rome, attestant que le Comité, placé sous ma direction, s'occupait de régulariser la situation des personnes en question. Il s'agissait de faire bonne impression sans trop engager les responsabilités. Schwamm fit polycopier au couvent cinq cent certificats ayant comme en-tête " Comité d'Assistance aux réfugiés , en formation " ( par force" en formation ", car aucune autorité ne nous connaissait, et surtout ne devait pas nous connaître). Je signais comme président du Comité et ma signature fut légalisée au Vicariat par Mgr Dionisi, lequel par ce procédé ne pouvait avoir d'ennuis, car il ne faisait qu'attester l'authenticité de ma signature, tandis que j'avais la responsabilité du certificat. Par ailleurs, au service d'Alimentation, Charrier se contentait de ce document muni du sceau de Vicariat. De plus, comme les italiens eux-mêmes, changeant de nom, devaient eux aussi recevoir de nouvelles cartes d'alimentation. Charrier nous suggéra de les faire se présenter chez lui comme réfugiés ou évacués de l'Afrique Orientale, de la Grêce, de l'Albanie, etc.. munis d'un certificat, dont, pour plus de sûreté, il nous donna lui-même la formule, attestant leur condition et qu'on s'occupait au Comité de mettre en règle leurs papiers.
" Charrier m'a dit qu'il nous avait ainsi donné plus de 1.300 cartes d'alimentation, chiffre énorme, si l'on songe que toutes les cartes étaient données à titre d'étrangers, alors que les mesures les plus sévères leur interdisaient l'entrée à Rome et que les soldats allemands eux-mêmes, en service dans la capitale, devaient remplir des formalités difficiles pour s'en procurer.
... vous
venez de lire le chapitre 2 : ROME,
On
le demande à Milan à Florence, les arrestations se
multiplient... Chapitre 4 - Ma
mission de bataille est terminée Chapitre
6 -Le monde continue de lui rendre hommage, °°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°° Et pour ceux qui ne l'auraient pas déjà lu, l'article du journal Le SOIR du 11 septembre 1946, nous servait d' Introduction , un texte qui est à la fois un bon résumé et un témoignage de ceux qui avaient travaillé avec lui.... à la suite se
trouve le Chapitre
Chapitre 1 Marseille - Un
autre |
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