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- (Suite du récit du P.Marie-Benoît dans le "Livre d'Or")..." A une certaine époque nos réunions de Comité, en raison de l'affluence constante et grandissante des clients dans les parloirs du couvent, se tinrent en ville. Nous fixions un rendez-vous chez des avocats de nos amis, et pour plus de sûreté, nous changions chaque fois. Nous avions obtenu des centaines de lettres de protection de la Légation Suisse et des autres consulats. On pensa faire une démarche pour obtenir des permis de séjour. Schwamm et moi allàmes demander conseil à Mgr.Dionisi, du Vicariat, qui nous avait déjà aidés pour les cartes d'allimentation et se montrait disposé à continuer. Il nous adressa à son ami le Secrétaire du Questeur de Rome, lequel m'introduisit chez le Questeur lui-même. Ce dernier suggéra, pour ne pas encombrer les services, d'envoyer une vingtaine de personnes par jour à la police. Les choses allèrent bien pendant quelques temps.
Au bout de deux ou trois semaines la police cessa de nous délivrer des permis de séjour. Il fallut de nouveau intervenir. Schwamm qui dans l'intervalle avait changé d'identité, et était devenu Mr. Bernard Lioré, citoyen français, avec un passeport parfaitement en règle, avait aussi fait la connaissance du Capitaine Girardi, de la PAI ( Police Africaine Italienne ), qui le présenta à son chef le Général Presti, lequel commandait alors la police militaire de Rome. Je signai une demande que Schwamm adressa à Presti. Celui-ci intervint auprés de la police, qui recommença à nous délivrer des permis de séjour.
- " Dans cette existence si mouvementée, il y eut des épisodes tragiques et d'autres qui ne manquaient pas de comique. Un jour la Gestapo avait pris avec d'autres malheureux une enfant de 7 ans, et elle était sur le point d'être déportée. Sa pauvre mère était désespérée et nous suppliait de faire quelque chose pour sauver la petite. Nous allâmes de tous les côtés possible pour obtenir des interventions. Mr. De Nieuyenhuis, ambassadeur de Belgique auprés du Vatican, mit au courant de l'affaire le Saint Siège. Schwamm, que le nom de Lioré couvrait trés à point, alla s'informer à l'administration de la prison où était enfermée l'enfant. On lui répondit que le transport dont elle faisait partie était sur le point de partir. J'allai alors chez le Comte De Salis (Délégué de la Croix-Rouge Internationale de Rome) et celui-ci, aprés beaucoup d'insistance, se décida à intervenir auprés du Général allemand de la place de Rome. L'enfant fut sauvée juste à temps et rendu à sa mère.
- " Une autre fois un de nos Néo-Français est arrêté dans une rafle et emprisonné par la milice fasciste à la caserne Mussolini. On téléphone à Chauvet, à la Légion Suisse. Il nous répond qu'il ne peut s'occuper du cas, n'étant pas en relations directes avec les autorités de police. Que faire, le temps passe, tous sont en danger,
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__ | si le détenu fait des aveux et dévoile nos procédés de naturalisation. Schwamm se dévoue et risque le paquet. Il est maintenant Bernard Lioré, délégué de la Croix-Rouge suisse. Comme tel, il va trouver le chef de la police, hautain, et portant monocle. Mais Lioré en a vu d'autres. Il demande à voir son compatriote arrêté et à lui porter de quoi manger, " sauf à intervenir officielement, quand ce sera nécessaire ". Le chef tombe dans le piège; un quart d'heure aprés , le "Français " est libéré. |
- " Les alertes étaient fréquentes. Un jour on me prévient qu'un de nos centres, chez les braves Soeurs Franciscaines de la Via Vicenza a été dénoncé à la Gestapo, Il faut en évacuer immédiatement tout le vestiaire qui s'y trouve et ne plus y aller. Il parait qu'il y a également un mandat d'arrêt contre moi sur la table du Colonel Kapler, Commandant des S.S. (auprés de qui nous avions un confident trés secret). Une autre fois, le frère de Mr. De Gasperi, l'actuel chef de gouvernement italien, vient m'avertir qu'un de nos amis, membre important de la Résistance a été arrêté, qu'il a dû donner cinq noms et que parmi ces cinq noms le mien s'y trouve. J'ai su par la suite que l'arrêté en question fut fusillé quinze jours aprés. Un jour le Président du tribunal antifaschiste, c'est à dire du tribunal qui jugeait les antifascistes, qui était en même temps des nôaccourt au couvent , où s'était rassemblé le Comité, et nous dit : " Dispersez-vous immédiatemant : un tel a été arrêté, muni d'une carte d'identité française : on l'a fait parler, il a avoué qu'il l'avait reçue du Père Marie-Benoît ". Je suis toujours resté à ma place. Pourquoi n'est-on jamais venu me prendre? Je me le demande encore.!
- " Une fois l'un de nos assistés vient se plaindre d'avoir été mal reçu au Service d'Alimentation, où on a refusé de lui donner les cartes d'alimentation. Je vais trouver Charrier et lui demande explication, car je savais son dévouement à toute épreuve. Il me répond : "Vous feriez bien de styler un peu vos gens sur la manière de se présenter à mon bureau. Voici ce qui s'est passé. J'interroge le client, comme je le fais ordinairement, sur la nationalité, sur son séjour à Rome; etc.. .Il se met ingénuement à m'expliquer, de manière à être entendu des autres clients, que les papiers qu'il présente ne sont pas ses véritables papiers, qu'il n'est pas français... J'ai dû interrompre avec indignation et le mettre à la porte : " Je ne sers que les gens qui ont des papiers en règle. "
- " Des lettres anonymes de menaces nous arrivaient souvent. Un jour j'en reçois une qui me demande 20.000 lires, sinon on me dénoncera, ainsi que toute ma bande, à la police allemande. La somme doit être portée tel jour, à telle heure, à Porta Pia, angle de l'autobus N T. Délibération au Comité. Il faut mettre " en sûreté " cette personne. Notre ami le brigadier De Marco se charge de l'affaire et se rend à Porta Pia la lettre anonyme à la main, signe convenu qu'a donné la personne en question. Il est suivi à distance d'un certain nombre de nos gens, dûment instruits de ce qu'ils ont à faire. Malheureusement notre gibier nous échappe et ne se présente pas. De Marco crut reconnaître une femme : elle aura flairé un piège et préféré renoncer aux 20.000 lires.
Le brigadier De Marco nous aida souvent de la manière la plus efficace et courageuse. La "Questura" centrale nous fut aussi toujours favorable. J'y allais souvent et j'y fus toujours bien reçu, sauf une fois où je fus poliment mis à la porte, parce que je posais des questions " indiscrètes ". Ces Messieurs devaient évidemment faire attention à ne pas se compromettre. L' actuel Directeur du Service des Étrangers, le Dr. De Fiora; reste mon excellent ami et nous parlons souvent de ces temps terribles. Sans la bienveillance et l'aide de la " Questura centrale ", nous n'aurions certainement pas pu tenir.J'ai déjà parlé des vivres et des vêtements, il y encore autre chose. Un matin, Aaron m'arrive au couvent : " Cette nuit, me dit-il j'ai dû faire l'accoucheur". " Une des femmes de la pension où logeait alors Aaron, s'était mise à crier des douleurs de l'enfantement.
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_ | Aaron s'était levé et était allé voir de quoi il s'agissait. En vain avait-il essayé de faire venir d'autres femmes pour aider la nouvelle maman. Toutes terrorisées par l'idée d'une descente de police, elles n'avaient pas osé bouger, et Aron avait dû s'improviser opérateur et faire tant bien que mal le nécessaire. Dans des circonstances plus normales, nous envoyions les femmes enceintes dans une clinique de maternité, où j'allais expliquer le cas. Et puis la naissance venue, j'allais avec Aaron trouver la nouvelle maman et lui présenter les félicitations et le cadeau du Comité. |
- " Mais hélas ces quelques moments de joie disparaissaient entièrement à côté de nos préoccupations grandissantes. Le nombre de nos protégés augmentait sans cesse. Nous arrivions à faire venir jusqu'à Rome quantité de malheureux cachés dans le Nord de l'Italie de la façon suivante: Une de nos jeunes Juives, très courageuse se chargeait à Rome du plus grand nombre de cartes d'identité fabriquées par nous et les emportait dans le Nord, où elle les distribuait, ainsi chaque jour nous arrivaient de nouveaux Français, de nouveaux Hongrois, de nouveaux Romains, etc.. etc.. Ils avaient ordinairement l'adresse du couvent, et de là Aaron ou un de ses lieutenants les répartissait dans les pensions.
- " Nous eûmes la chance de pouvoir prendre contact avec les Pères Salvatoriens, dont le Supérieur Général, allemand, faisait la navette entre le Vatican et les autorités militaires allemandes. Il nous fut ainsi possible d'être prévenus des éventuelles opérations de police et aussi, à plusieurs reprises d'obtenir des interventions efficaces. D'ailleurs avec Schwamm, nous n'avions même pas reculé devant une démarche à l'Ambassade d'Allemagne au Vatican. Nous avions été reçus par le Baron Braun, mais il ne put rien faire pour nous, car nous avions été obligés d'avouer qu'il s'agissait de Juifs. On commença aussi à avoir de plus nombreux contacts avec les autorités anglaises et américaines, car certains de nos gens aidaient des prisonniers alliés évadés. Schwamm accueillit chez lui deux jeunes Français, ex-prisonniers de guerre, enrolés de force dans l'armée allemande et qui avaient réussi à déserter. Mr. Debroise leur fournit des passeports et Mr. De Vial, de l'ambassade de France auprés du Saint Siège, leur procura des certificats de travail à l'ambassade. Ils furent pour nous de très tristes sires, comme on le verra par la suite.
.- " Un jour le consulat suisse, qui jusque à ce temps avait continué à fournir à nos " Français " des lettres de protection, fait greve. Mr. Chavet avait dû avoir des ennuis de la part de ses supérieurs. Il faut reconnaître qu'il y avait de quoi. Je vais lui demander des explications. Sa réponse est que le Ministère de l'Intérieur Italien est informé de la présence à Rome de 400 français, qu'il veut les rapatrier et qu'on m'en demande la liste. Panique parmi nos gens. Les Allemands vont tout découvrir, nous sommes tous perdus. Après avoir tenu conseil au Comité, je vais avec Schwamm au consulat suisse. Nous y trouvons présents, à nous attendre, Mr. Sommaruga, conseiller légal, Chauvet, Debroise et De Vial. Je déclare d'abord que nous ne pouvons donner aucune liste et Schwamm fait la proposition suivante : " Dites au Ministère de l'Intérieur qu'il renonce à son projet de rapatriement, qui lui donnerait trop de soucis. Il s'agit d'évacuer de Rome un surplus d'étrangers. Nous disposons de camions et nous nous chargeons, nous-mêmes de l'opération ". Nos interlocuteurs nous regardent quelque peu
ahuris, se demandant sans doute quelle nouvelle invention nous avions en tête, car ils ne devaient pas beaucoup croire à la réalité de nos camions. De fait, nous n'en avions absolument aucun, comme on le pense bien. Mais voici quelle fut notre trouvaille. Conseillé par Aaron je vais avec Schwamm chez le consul de Hongrie, Mr. Szasz et nous lui demandons des documents d'identité hongrois pour nos " Français " qu'on songe maintenant à " dénaturaliser ." |
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Szasz accepte, nous demandant une simple couverture, pour la forme, à mettre dans ses dossiers. Schwamm, le spécialiste des papiers légaux, fabrique les documents : nous avons parmi nous de vrais Hongrois qui trouvent les noms de villes et de personnes hongrois, et nos gens commencent à se présenter au consulat. Les fameux documents s'y trouvent encore aujourd'hui. Voilà notre manière à nous, de faire quitter Rome à nos " Français ". Huit jours plus tard, je porte au consulat suisse les 25 premiers documents de protection suisse, retirés des mains de nos assistés devenus Hongrois, après en avoir prudemment détaché la photographie, et je déclare à Mr. Chauvet : " Voilà les lettres de protection des 25 premiers que nous avons fait partir de Rome. Les autres suivront. "
- " Voilà à quels expédients nous étions réduits pour éviter que nos gens ne tombent entre les mains des Allemands. Nous étions sur le qui-vive perpétuel, mais, il faut le dire, admirablrment aidés. Un jour la milice fasciste effectua à l'improviste une descente à la pension des"nouveaux Hongrois ". Ceux-ci protestent et invoquent le secours de Szasz, lequel se rend à la pension et met à la porte la police, menaçant de représailles contre les Italiens résidant en Hongrie. On peut donc continuer à "fabri quer des Hongrois à toute vapeur. Il faut s'imaginer l'atmosphère dans laquelle on vivait pour comprendre toutes ces folies, toutes ces farces tragi-comiques. Il faudrait encore raconter toutes les visites que je fis avec Schwamm et Aron aux ambassades de Pologne, de Belgique, de Suède, du Portugal, à la Nonciature Apostolique auprés du Gouvernement Italien, à la Secrétairerie d'Étât du Vatican, au représentant de la Principauté de Monaco, etc.. Nous étions en liaison avec le Pasteur Ammenti, de l'Église Méthodiste, qui nous aida beaucoup. .
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Pie
XII Place San Giovanni, le 13 Août 1943, crie son
indignation |
Nous rencontrions des membres de tous les partis politiques, unis alors en Comité de libération: communistes, parti d'action monarchiste, démocratie chrétienne. Glingler, de ce dernier parti, nous fut particulièrement dévoué. Mme Gallone nous fut précieuse pour les liaisons avec les organisations polonaises et les dirigeants importants de la résistance. Il va s'en dire enfin que nous collaborions avec maints religieux ou ecclésiastiques qui exerçaient une activité semblable à la nôtre. Je crois que nous pouvions nous rendre ce témoignage d'avoir frappé à toutes les portes qui nous étaient accessibles. Nous étions connus et recevions aussi beaucoup de visites de militants politiques. La police de Rome, je l'ai déjà dit était, au courant de tout ce que nous faisions.
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Non seulement elle ne nous inquiétait pas, mais elle avait avec nous de véritables connivences. Un seul exemple ; un jour, un Juif étranger se présente à la " Questura " muni d'un passeport espagnol. On s'aperçoit vite qu'il n'est pas de cette nationalité. L'intéressé proteste. L'employé qui l'interroge téléphone alors au consulat espagnol et demande si on connait cet individu. Réponse négative. Désespoir du pauvre qui se croit perdu. Et l'employé de le consoler : " Ne vous en faites pas. Allez Via Sicilia, 159, trouver le Père Marie Benoît, là on arrange tout !. - " Tout ne s'arrange pas quand même. Nous sommes au début Avril. Les nouvelles militaires sont bonnes, mais n'annoncent pas encore la libération prochaine. |
- " Notre
situation est de plus en plus difficile.
... De Florence , on nous demande secours. Nous avons nous mêmes
besoin d'argent immédiatement, et il faudrait aller en chercher
à Gênes. L'inquiétude et la nervosité minent nos gens. On se
demande s'il n'y aurait pas la possibilité d'en faire passer un
certain nombre en Suisse. Un voyage est décidé : On passera par
Florence; à Milan on explorera la frontière : à Gênes on se
refournira d'argent. Les voyageurs seront Schwamm et moi. C'est
plus facile à dire qu'à faire, car il n'y a plus de trains de
Rome à Florence et les autre, en raison des bombardements, ne
circulent plus que de nuit.
- " Le capitaine de la P.A.I, Giraldi, ami de Schwamm, a une autorisation de provenance allemande, mais sans autorisation de circuler. Je vais avec Schwamm chez le Comte de Salis, de la Croix-Rouge Internationale, et nous obtenons de lui une lettre de recommandation en italien et en allemand, dans laquelle on prie toutes les autorités d'aider le Père Marie Benoît et son compagnon de voyage Mr. Lioré (Schwamm) qui vont visiter des camps de prisonniers français. Il me semble que nous eûmes en effet un semblant de mission de ce genre de la part de MM. Debroise et De Vial, qui permettait au délégué de La Croix-Rouge de parler ainsi.
- " Muni de cette lettre, Schwamm va à la Kommandantur, y déclare que nous avons une voiture privée à notre disposition et obtient le permis de circuler. Départ de nuit. A Florence, Schwamm se servant de notre lettre de recommandation, nous obtient de la Kommandantur des billets de chambre dans le meilleur hotel de la ville, juste au milieu de l'État-Major Allemand. Il se fait de même octroyer de la benzine pour la suite du voyage. À Milan, je me sépare de Schwamm et nous commençons à chercher, chacun de notre côté des passages clandestins pour la Suisse. Je trouve des pistes et lui aussi. Deux jours aprés, nous nous retrouvons dans un restaurant. Schwamm téléphone, une voix répond : "Je vous rejoins dans un quart d'heure.
-" Nous nous mettons à table en
attendant.
- " Au bout d'un moment, un civil demande Lioré à la porte
du restaurant. Celui-ci va le trouver. Je le vois montrer sa
carte d'identité, puis revient, pâle, vers moi, pour prendre
son manteau. tout en me disant à voix basse : "Je suis
arrêté" , on l'emmêne.
- Que se passe-t-il donc ?
- J'appris les jours suivants par des membres de la Résistance
de Milan, qui avaient un service d'information trés
perfectionné, qu'au moment même où Schwamm téléphonait à la
personne en question, la police fasciste perquisitionnait chez
elle et que ce fut un agent de police qui nous répondit.
- " Je quitte immédiatement le restaurant, vais prendre nos valises à l'hôtel où nous étions descendus et me réfugie au couvent des Capucins, qui par bonheur se trouve dans le voisinage, aprés avoir dit au portier de l'hôtel que je partais pour Rome.
Je fis
bien, car un quart d'heure aprés, la police, qui a
fouillé Lioré et examiné notre fameuse lettre de
recommandation, venait pour m'arréter à l'hotel. Le
portier leur répéta qu'en sortant j'avais dit que je
partais pour Rome. Comme il était presque 10 heures du
soir et qu'il n'y avait plus de train de nuit, des
membres de la Résistance me rapportèrent que ses
Messieurs allèrent le lendemain à la gare au train de
Florence de 8 h. 30, l'arrêtèrent avant le départ et
fouillèrent tous les wagons. |
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Aprés huit jours, j'appris ce que j'ai déjà dit qu'il avait été arrêté par la police fasciste et était à la prison S.Vitore de Milan.
Je me risquai à lui porter un paquet de linge qu'il avait demandé au consulat suisse de Milan. À son retour de captivité, il me dit que, ce linge provenant de sa valise, il avait compris qu'il était arrivé par moi et fut tranquilisé sur mon sort.
- " Le délégué de la Croix-Rouge de Milan voulut bien aller à la police demander des informations en mon nom. On lui répondit " Ah vous vous occupez de cet individu et du Père Benoît. Eh bien, vous pouvez dire à ce père que, si on l'attrape, il ira en prison lui aussi." Il était clair que je devais quitter Milan. Je restais seul et sans auto, car notre compagnon de voyage était reparti pour Bologne. Je pris le train à Gênes, y vis le Cardinal Boetto et son secrétaire, Mgr Repetto, et réglai l'affaire d'argent dont j'étais chargé, à Rome, puis je pris le train, jusqu'à Florence, et en auto de Florence à Rome.
- " Là je trouvai de la casse. Une femme me dit : " Vous êtes notre roi, vous n'auriez jamais dû partir ! Aaron avait été trahi et arrêté. Les deux jeunes Français que Schwamm avait hébergés avec tant de bonté, avaient dénoncé l'une de nos pensions et fait arrêter une trentaine de personnes. Au couvent où l'on avait été averti de ce qui nous était arrivé à Milan, on avait brûlé tous les papiers concernant notre activité, et nos gens se réunissaient maintenant à la Croix-Rouge Internationale. Mon Supérieur Général ayant appris par la légation suisse que la police de Milan me recherchait activement, jugea prudent de me faire chercher un refuge hors du couvent, en attendant l'arrivée des Alliés qui s'annonçait proche. Ce que je fis.
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- " Au bout d'un mois. Rome était délivrée. Les Juifs firent une célébration à la Synagogue et m'y invitèrent. On me mit aux toutes premières places. Sorani dit quelques mots trés émus. Deux Rabbins alliés parlèrent ensuite, l'un en allemand, l'autre, le Rabbin André Zaoui, en français. Celui-ci remercia l'Église catholique et le Souverain Pontife pour le secours donné pendant la persécution. Puis on me demanda de prendre la parole. Je me présente à la balustrade d'oû je domine l' assemblée comme d'une estrade. Tonnerre d'applaudissements. Je prends part aux sentiments de tous, mélés de joie et de douleurs, car si la Libération est un fait, beaucoup pleurent des victimes et les déportés souffrent au loin. Plus de 2.000 Juifs romains ont été emmenés. Les étrangers, nous les aurions tous sauvés, sans l'infàme trahison des deux Français, qui furent consignés aux Autorités militaires françaises et conduits en Afrique pour être jugés. Je termine mon discours en rappelant le grand précepte de Moïse de l'amour de Dieu et du prochain et lance un pathétique : " J'aime les Juifs de tout mon coeur. " De nouveau, applaudissements, et à la sortie, serrements de mains.
- " Ma mission de bataille est finie.
Les Juifs viennent encore au couvent, car leurs locaux ne sont pas encore ouvert, et ils ont tout à réorganiser. Un jour, on lit dans un journal romain : " Mardi prochain, 15 heures, réunion des Juifs dans la synagogue de la rue Boncompagni. " Mes confrères m'interrogent, ébahis : " Est-ce que vous avez monté une synagogue chez nous ? " Je ne suis au courant de rien, mais je crois plutôt à une plaisanterie. Ce qui fut réel, ce fut une distribution de matzos ( pains azyme ) à la sortie du couvent, qui dura au moins trois semaines. Les troupes palestiniennes, arrivées à Rome, avaient fait cadeau à leurs corréligionnaires, d'une grande quantité de caisses de matzos. Nos gens ne sachant plus où les mettre, m'avaient demandé de les déposer au couvent où ils en assureraient la distribution. On le leur accorda.
- " Quelques temps aprés, mes protégés comprenant trés bien que sans l'autorisation de mon Supérieur Général, je n'aurai pas pu les aider comme je l'avais fait, ils eurent
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l'idée délicate de remercier directement mon Supérieur, ainsi que certains de mes confrères qui s'étaient, intéressés à eux. Une petite fête eut lieu à l' Hôtel Raimundo, oû les Juifs étrangers avaient leur comité. Mon Supérieur Général invité, s'y fit représenter par le Père Callixte, qui avait passé trois années avec les Juifs comme délégué du Vatican dans le camp de concentration de Ferramonti-di Tarsia. |
J'y étais évidemment , accompagné du Père Beaudoin, qui m'avait remplacé pendant mon fameux voyage de Milan, du Père Archange Yougoslave, qui s'était occupé de ses compatriotes et du Frère Basile, le portier, connu de tous, dont la patience avait certainement été mise à rude épreuve. Une lettre au Père Général de nationalité Belge, fut lue par une dame de la même nationalité. On m'offrit une Bible, portant la signature de tous les présents. |
![]() Le Père Callixte Lopinot |
Un discours fut ensuite prononcé et les enfants exécutèrent un chant composé par Madame Claire Mandel. Je veux, pour terminer reproduire ici ce discours et ce chant dans toute leur fraîcheur et leur simplicité.
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- Et Claire Mandel les invita à chanter ;
- " À mon cher Père Marie-Benoît en reconnaissance d'avoir sauvé ma vie et celle de milliers d'autres.
| Vive le Père Marie-Benoît. Vive le Père Marie-Benoît |
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. C'est
lui qui nous encouragea, Il
nous aida à trouver un logement, Il
nous a donné l'espérance d'un méilleur avenir Au
grand risque de sa vie Il
est notre sauveur Vous
pouvez être fier de vous Racontez
à vos chers enfants Ce
grave Père qui pour nous lutta Vous
étiez et vous resterez notre Père bien-aimé
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" Papermann qui nous aida beaucoup au Comité, présidait cette fête..!.
D'autres, comme Holl Charlitt, Waizs, qui avaient beaucoup travaillé avec Aron, de même Tecchiatti, de son vrai nom : Kopp, notre pourvoyeur de cartes d'alimentation, étaient partis pour les États-Unis... |
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Mais Aaron est rentré lui-même de
déportation. |
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À ce moment là,
ce n'étaient plus les nazis et les "collabos" qui
arrêtaient, torturaient et emprisonnaient.. !. Sombre page de
notre histoire... que ces derniers mois qui ont précédé la
"Libération", ces prétendus "resistants"
qui pour s'être enfuis dans les forêts de notre midi au moment
de la déroute allemande, ce sont imposés ensuite comme les
vainqueurs, ont arrêtés les "collabos", se sont
emparés de leurs biens, avec tous les droits que donne la
victoire.
Mais le P. Marie-Benoît était à Rome..! Comment n'aurait-il
pas accepté de renoncer à sa discrétion habituelle et de
répondre à cette demande des Évèques de France..?
Pour sa part, le Cardinal Saliège, à travers ses "Menus propos" de la "Semaine Catholique de Toulouse" du 14 septembre 1947, page 443, évoquait à sa manière, toujours tintée d'ironie, l'atmosphère de l'époque:
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Mais l'histoire du Père Marie-Benoît ne s'arrète pas au 1er Janvier 1945, on lira la suite en cliquant:
... vous
venez de lire le chapitre 3 : ROME,
1958
Voyage en Israël - Hommage de l'Italie et de l'Amérique Le Chapitre 5 voudrait
répondre à la question: QUI donc est-il ? Chapitre
6 -Le monde continue de lui rendre hommage, °°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°° Et pour ceux qui ne l'auraient pas déjà lu, l'article du journal Le SOIR du 11 septembre 1946, nous servait d' Introduction , un texte qui est à la fois un bon résumé et un témoignage de ceux qui avaient travaillé avec lui.... Chapitre 1 Marseille - À la suite se
trouve le Chapitre 2 ROME ... |
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Enfin, pour ceux qui le souhaitent il nous a paru intéressant de mettre à votre disposition l'introduction que "Le Livre d'Or des congrégations religieuses" consacre aux 30 pages, dont nous venons de vous donner lecture. À travers les pages qui précèdent son propre texte. On remarquera qu'il a tenu à préciser de sa main, que cette Croix de la Légion d'Honneur qui lui fut remise par Jacques Maritain, celui là même, dont la lecture des livres, avait enthousiasmé la convalescence de ce jeune blessé de la guerre 1914 -1918. Mais nous y reviendrons !.
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