La lettre au Souverain Pontife.

- 1 Sa rédaction des 4 demandes,
- 2 Pourqoi demander à l'Espagne et pas au Prtugal ?
- 3 Introduire à la foi catholique et baptiser..?

_____________________________________________________

1 - Les quatre demandes que le Père est chargé de présenter
au Souverain Pontife, suivi de 2 remarques :

On peut être surpris aujourd’hui de cette demande de la Communauté Juive de France, mais ce serait oublier les messages de Noël de Pie XII 1941, retransmis par Radio-Vatican, ils ne laissent aucun doute sur ce qu'il pense du nazisme. Le thème de la paix revient dans le message radiodiffusé prononcé par Pie XII à la Noël 1942. D'abord, le pape fait observer que « tout ce qui en temps de paix demeurait comprimé,
a éclaté dès le déchaînement de la guerre en une lamentable série d'actes en opposition avec l'esprit humain et l'esprit chrétien ».

Il déplore que « les conventions internationales, dont l'objet était de rendre la guerre moins inhumaine en la limitant aux combattants, de déterminer les lois de l'occupation et de la captivité des vaincus, sont, en maints endroits, restées lettres mortes ». Ensuite il déclare que les peuples doivent faire le voeu de ne s'accorder aucun repos jusqu'à ce que tous se dévouent au service de la personne humaine. Il précise que ce voeu, « l'humanité le doit aux centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, et parfois pour le seul fait de leur nationalité ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à une extermination progressive ».(cité par le Professeur: Alfred Denoyelle)


Suite à sa visite au Consistoire, le Père rassemble en une lettre datée du 13 Juillet, les quatre demandes qu'il est chargé de présenter au Souverain Pontife.

Cinq ans plus tard il en résumera les grandes lignes pour le "Livre d'Or", résumé que vous trouverez au début du Chapitre 2. Le texte complet de la lettre se trouve aux pages 393 - 397, dans un document daté du 15 Juillet 1943 sous le N° 264. Note accompagnée de quatre annexes, désignées respectivement par les lettres A.B.C.D. Il termine ses quatre pages trés détaillées en s'excusant : "J'ai promis aux Juifs de France, français ou étrangers, de faire connaître au Saint Siège ces besoins ainsi que ceux qu'ils me signaleront à l'avenir."

  - Cette note est suivie, d'une nouvelle note trés détaillée du P. Marie Benoît sur le projet Donati....Numéro 267, aux pages 401- 402.

=====


(Dans la note 13LM84
page 42 il précise )- "Au sujet des documents que j'ai présenté à Pie XII, le P.Graham m'a écrit pour me demander comment se fait-il qu'ils ne soient pas plus explicites au sujet des exterminations". Je lui ai répondu en lui racontant l'origine de ma demnde d'audience à Pie XII. Initialement, il ne s'agissait que du projet Donati, de transfert des juifs de France en Italie, et d'Italie en Afrique.

Bass me suggera qu'il serait bon de rencontrer les principales autorités et personnalités juives de France de manière à parler en quelque sorte au nom du judaïsme français. Au consistoire de Lyon on me parut plutôt surpris de ma démarche. Les documents qui me furent alors fournis devaient déjà préexister en leurs mains, en tout cas, ils ne furent pas préparés pour une information à communiquer.

Que savait-on au Consistoire ou ailleurs sur les exterminations? Je ne puis pas le dire. Par ailleurs, je n'avais pas besoin de recourir à des autorités qualifiées pour m'informer personnellement. Le projet Donati parlait lui-même suffisamment.

À quel moment sut-on, précisément en France, le genre d'extermination réservé aux juifs par les nazis, je n'en sais rien. En tout cas tous mes protégés en parlaient en 1943. C'est ce que je dis à Pie XII. Au sujet de sa visite au Consistoire de Lyon, nous trouvons 2 notes qui s'y referrent:

 

1°) En note jointe à la "Protestation Solennelle du Consistoire Central au Gouvernement Français", datée du 28 juillet 1942, (page 295) il note de sa propre main : "... être allé aux premiers mois de 1942 au Consistoire de Lyon. Leur protestation auprés du gouvernement français est datée du 28 juillet 1942.

"Ils ont bien pu être informés aprés ma visite, écrira-t-il'. C'est au cours de la réunion suivante du 25 Août 1942 que le Consistoire décide de renouveller sa protestation auprés du Maréchal, du Nonce du Pape, au Pasteur Boegner, au Président de la Croix Rouge, aux prélats, ministres, préfets...

En marge il note : Phrase reprise par Mgr Valery ADSS TV III page 614

¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
2 -
Au sujet de cette lettre au Souverain Pontife, préparée avec beaucoup de soins aprés avoir rencontré les membres du Consistoire réunis à Lyon : Pourquoi demander au Saint Siège d'entrer en relation avec le gouvernement espagnol, et ne rien demander au gouvernement portugais qui, lui aussi, pouvat délivrer des visas qui permettraient aux réfugiés et aux Juifs de traverser l'Espagne et de se rendre au Portugal, pour embarquer vers des terres de liberté ?

Mais tout laisse croire que réfugiés et Juifs avaient déjà tentés d'obtenir des visas auprés du Consulat Général du Portugal de Marseille, ou de ceux qui étaient placés sous son autorité: les consulats de Lyon et de Pau, et qu'il n'y avait absolument rien à espérer de leur part, eux qui appliquaient rigoureusement la circulaire 14 de Salazar, datée du 11 novembre 1939.

 

Aristides de Sousa Mendes, le Consul Général de Bordeaux venait d'être démis de ses fonctions le 19 octobre 1940, "pour avoir fait passer ses impératifs de conscience avant ses obligations de fonctionnaire" ..et ainsi avoir dit "NON" à Salazar ..! ( www.SousaMendes.com/iladitnon.htm )

Le 31 décembre 1940, présentant ses vœux à Salazar, le Consul Général de Marseille, José Augusto Magalhães, ne peut s'empécher de lui écrire pour lui demander d'être remplacé au plus-tôt :

Marseille 31 de dezembro de 1940

 

Excelentissimo Senhor Dr. Antonio de Oliveira Salzar
Dignissimo Presidente do Conselho
e Minisro dos Negocios Estrangeiros
Lisboa

Excelência

Dando cumprimento as ordensde Vossa Excelência, transmitidas pela Legação de Vichy, dei-me pressa em transmitir aos vàrios postos dependentes e aos de Lyon e Pau, em obediência às instrucões delas recebidas,a circular cuja copia junto, em duplicado, como anexo n°1.

....12) - Incorrigivil sonhador...

..."Réveur incorrigible" ... je ne peux m'empècher de désirer pour mon pays, comme pour notre Empire Colonial une prospérité toujours plus grande, et je regrette que dans ce moment difficile que traverse l'histoire de l'humanité, nous ne puissions accueillir tant de réfugiés qui pourraient faire bénéficier notre Patrie de leur compétence et de leur savoir, tout en leur permettant d'échapper eux-même aux dangers qui les attendent..

..."Il me fut toujours pénible de dire "NON", mais aujourd'hui plus que jamais, mon changement s'impose, et il est urgent que je sois remplacé, si possible par un collègue qui éprouve un certain plaisir à user d'un tel mot ce qui lui permettra de réaliser ses plus légitimes prétentions.

"Il y a des créatures qui naissent pour faire le mal et d'autres qui n'éprouvent d'autre plaisir que celui de faire le bien : celle-ci sont considérées par beaucoup comme fortes, les autres comme fragiles. En toute loyauté, je dois vous déclarer que je suis de celles-ci. Au moment où commence une année nouvelle, je souhaite trés vivement que pour le bonheur de Son Excellence, qui a tant fait pour le bien de notre chère Patrie, à laquelle je ne voudrais pas porter tort, ou mettre en difficulté, en raison de mes fragilités. Celles-ci résultent d'un caractère qui, en raison de mon âge, ne me donne plus la possiblr de changer...

Je prends occasion de cette nouvelle année, pour témoigner à Votre Excellence ma trés haute considération.
A BEM DA NA
ÇÃO

Dr.José Augusto Magalhães,

_____________________________________________________¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨


- 3
- Au sujet de cette lettre au Souverain Pontife, préparée avec beaucoup de soins aprés avoir rencontré les membres du Consistoire réunis à Lyon:

1°Faut-il être surpris de trouver dans l'Annexe de la lettre au Souverain Pontife datée du 15 juillet 1943, cette "Note au sujet des Juifs" (p.393) : "Je suis rentré de France il y a quelques jours, aprés avoir passé trois ans à notre couvent des Frères Mineurs Capucins de Marseille. Au cours de mon ministère, j'ai été amené à instruire dans la foi catholique et à baptiser un bon nombre de juifs, exactement cinquante et un, muni de l'autorisation de l'évèque de Marseille, et aidé dans cet apostolat, avec beaucoup d'intelligence et de zèle,

par les religieuses de Notre Dame de Sion, dans la chapelle de qui ont eu lieu la plupart des baptèmes."À la suite des persécutions qui sévissent en France contre les juifs français et étrangers, ce ministère spirituel m'a conduit, tout naturellement à m'occuper de protéger de mille manières ces malheureux, convertis ou non convertis,

- -. . . . . Notre - Dame de Sion, 231 Rue Paradis

car tous sont objet de la charité chrétienne, en collaboration avec d'autres prêtres, les religieuses de Notre Dame de Sion, des laïcs d'Action Catholique, et aussi, cela va s'en dire, avec les organisations israélites, qui font preuve d'un grand courage...etc..
"
Mais, la Déclaration "Nostra Ætate", la Conférence de Seelisberg sont encore loin, nous en sommes encore à ce que d'aucuns appeleront "le temps du mépris", raison pour laquelle le Pére commence par souligner son activité apostolique "instruire dans la foi catholique et baptiser ..". Par ailleurs, comme cela a été souligné en début de chapitre, se trouve en France une population juive extrèmemenrt diversifiée, croyants, incroyants et juifs qui n'ont reçus aucune formation religieuse. Ce que souligne Haïm Korsia, dans l'ouvrage qu'il consacre au G.Rabbin Kaplan, à la page 114. Il commence par citer Paul Levi, "Hommes de Dieu dans la tourmente "
qui souligne la tâche des aumoniers "à la fois spirituelle et sociale, Ils organisèrent des services religieux dans les camps, ils dispensèrent l'enseignement du judaïsme à la jeunesse, distribuèrent des vivres et des vêtements, entreprirent de nombreuses démarches auprés des autorités...en vue de le libération de certains internés...

Et Haïm Korsia continue: "Conséquence inattendue de l'Occupation, les institutions communautaires reconnaissent désormais la pluralité du judaïsme français. En effet, "l'héritage d'Israél" représente à la fois une religion, une civilisation et une forme de pensée, avec en arrière de fond une histoire commune. Désormais, les institutions n'auront de cesse de rassembler et d'unir tous les juifs, qu'ils soient pratiquants, croyants ou incroyants, français ou étrangers, sionistes ou non. Au fond, c'est cette diversité qu'elles devront défendre face à l'ennemi nazi." ("Être Juif et Français", page 115 )

C'est cette diversité que rencontre lui aussi le P.Marie Benoît, aussi bien à Marseille qu'au Camp des Milles. Comment aurait-il pu échanger avec eux sans les traiter comme des frères, à l'écoute de leurs inquiétudes, de leurs doutes, ou de leur incroyance... travaillant en collaboration avec les religieuses de N.D. de Sion.. ? Mais nous sommes là à Marseille, et le travail qu'il va faire là, en étroite liaison, et trés activement, avec les organisations juives, vivant leur drame dans le quotidien, ne tardera pas à éveiller en lui une profonde admiration de leur générosité... respect de leur foi.

Peu de temps avant sa mort, il recevra une lettre de " Myriam ", qui avait 14 ans en 1943 : " Vous rappelez-vous encore de votre petite juive, maintenant 64 ans ! Qui pour la première fois vous a rencontré au parloir de via Sicilia 159 vous demandant comment aider des juifs cachés à Florence en 1943 et qui est repartie avec des documents pour sauver des gens qui se trouvaient dans les montagnes à Borge San Dalmasio ?

. . . . .

Maman (85 ans) que vous avez aidée .. à Rome avec ses 5 enfants ne vous oublie pas… Dans ma première rencontre avec vous, vous me disiez : " continuez à être une bonne juive ", je vous souhaite de continuer à être un bon chrétien"… Lettre du 23/01/1990 - (Archives des Capucins rue Boissonades - Paris)

___( Suite au Chapitre 2. )___